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Marguerite Bourgeoys, femme de Visitation et de Pentecôte

Michelle Renaud

La Congrégation de Notre-Dame est une communauté religieuse catholique de femmes de foi apostolique dédiée à l’enseignement fondée au 17e siècle par sainte Marguerite Bourgeoys, originaire de Troyes en France et première éducatrice de Montréal.

En 1640, Marguerite Bourgeoys a vingt ans. À la suite d’une expérience spirituelle, elle décide de « se donner au service de Dieu ». Son guide spirituel, monsieur Jendret, prêtre de la paroisse St-Nizier à Troyes, lui parle alors des trois « états » qui s’offrent aux femmes désireuses de suivre et de servir l’Église. Le premier est l’état de sainte Madeleine, celui des Carmélites et autres recluses contemplatives; le deuxième, l’état de sainte Marthe, celui des religieuses cloîtrées qui servent le prochain. Le troisième, c’est celui de la vie voyagère de la Sainte Vierge, qui n’a pas vécu cloîtrée et n’a jamais négligé une occasion de servir son prochain[1]. Pour les femmes de cette époque, la vie religieuse était obligatoirement une vie cloîtrée. Ce troisième état n’avait donc pas encore été mis en pratique.

Il reviendra donc à Marguerite Bourgeoys de fonder la première communauté religieuse féminine non cloîtrée en Amérique du Nord. Pour y arriver, elle a dû se battre et surmonter bien des obstacles. Toutefois, elle était animée par une conviction profonde : l’importance pour la vie de l’Église que soit fondée une communauté de femmes qui trouverait son inspiration dans la vie de Marie, la mère de Jésus et son premier disciple.

Cette Marie qui inspire tant Marguerite Bourgeoys est celle que Dieu a comblée de ses dons de façon incomparable à l’Annonciation et à la Pentecôte. Si Marguerite s’émerveille de l’œuvre de Dieu en Marie qui la fait mère de Jésus, elle admire aussi l’accueil que Marie fait à ce don, un accueil qui débouche sur le Mystère de la Visitation. Le récit de la Visitation commence sur la route, par un voyage. Le « oui » de Marie l’a mise en marche[2]. Elle se met en route « en hâte » pour aller visiter sa cousine Élisabeth, elle aussi enceinte. Accueillir Jésus et l’amener aux autres pour qu’ils soient vivifiés est la véritable joie du chrétien. Le Magnificat, le chant de la joie de Marie, naîtra de la Visitation.

Le mystère de la Visitation est l’un des deux grands pôles de la spiritualité de Marguerite Bourgeoys. Pour Marguerite, la Visitation est une démarche apostolique, un aller-vers, un mouvement vers le prochain, une inspiration pour le service empressé et désintéressé[3]. En 1653, elle n’a pas hésité à franchir l’océan – au péril de sa vie −, pour contribuer à ce que Dieu soit connu, aimé et servi en Nouvelle-France. C’est un but apostolique qui l’amène à fonder la Congrégation de Notre-Dame, une communauté de sœurs non cloîtrées qui peuvent « être envoyées » dans tous les lieux du pays pour l’instruction des filles.

La Pentecôte est l’autre grand pôle de la spiritualité de Marguerite Bourgeoys. Ce mystère représente pour elle une seconde Annonciation[4] À la Pentecôte, l’Esprit Saint comble Marie et les apôtres rassemblés dans le Cénacle d’une « surabondance de grâce ». À la Pentecôte, la mère de Jésus est associée à un autre mouvement vers l’autre, un autre aller-vers, celui de la mission universelle confiée à l’Église. La mission de prendre la suite de Jésus, de répandre jusqu’aux extrémités de la terre la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu[5].

Avec le mystère de la Pentecôte, la spiritualité de Marguerite Bourgeoys s’enracine dans la relation de Marie à l’Église naissante. Marguerite souligne la fonction maternelle que Marie exerce envers l’Église : « elle a été donnée pour Mère à saint Jean et à tous les chrétiens en Lui.[6] » Et elle montre comment, après la mort de son fils, Marie a pris soin de la communauté naissante de l’Église[7]. À sa congrégation naissante, elle propose comme modèle les premiers chrétiens qui « n’étaient tous qu’un cœur et qu’une âme, en Dieu, et [qui] ne possédaient rien en propre et en particulier[8] ». Marguerite désire que ses sœurs imite la vie de Marie dans cette communauté de cœur et d’esprit.

Dans une conférence donnée à Troyes en 1994 intitulée « Avec Marguerite Bourgeoys, contempler Marie au lendemain de la résurrection », sœur Lorraine Caza faisait remarque que Les écrits de Mère Bourgeoys ne contiennent pas « une doctrine spirituelle vraiment développée, une vision amplement élaborée de ce qui allait faire vivre Marguerite.[9]» Elle « comprend et apprécie » cependant que ces pages constituent une « spiritualité en ‘chantier’, en esquisse, et que nous [sommes] dès lors, sollicitées, en quelque sorte à poursuivre sa réflexion[10]. »

Sœur Lorraine suggère diverses façons de « poursuivre la réflexion » en lien avec la Visitation et la Pentecôte :

Avec Marie de la Pentecôte, prendre soin aujourd’hui de l’unité de l’Église, « travailler à créer et affermir les liens fraternels, les ponts entre individus, entre groupes, entre peuples et cultures[11] ».

« Avoir soin de l’Église, c’est communier […] à toutes les initiatives pour la paix, pour le dialogue, à la souffrance de toutes les victimes des guerres, mais également éduquer et s’éduquer à la non-violence »; c’est « cultiver une attitude d’ouverture et d’écoute de l’autre, de l’inconnu, de l’étranger, une attitude de dialogue dans le ‘style-Visitation’[12] ».

Avec Marie, prendre soin aujourd’hui de l’Église en étant « mémoire vivante » dans la communauté chrétienne[13].

Avec Marie, trouver les chemins de la nouvelle évangélisation : « Tous les nouveaux aéropages : le monde des médias, les initiatives pour le développement, la paix, l’intégrité de la création, la justice[14]. »

Ne croyons-nous pas entendre le pape François appelant à une « Église en sortie », « allant vers les périphéries », à « [u]ne évangélisation qui éclaire les nouvelles manières de se mettre en relation avec Dieu, avec les autres et avec l’environnement[15] »?

En conclusion de sa conférence, sœur Lorraine lançait l’invitation à mettre en dialogue l’une avec l’autre deux images : Marie de la Visitation et Marie de la Pentecôte en « laissant chacune interpréter l’autre » de façon à pénétrer « de mieux en mieux dans nos vocations respectives de disciples et d’apôtres de Jésus Christ[16]. »

 

[1] Lorraine Caza, La vie voyagère, conversante avec le prochain, Montréal, Bellarmin, 1982, p. 51-54.

[2] Ibid, p. 55-56.

[3] Louise Côté, CND, « La spiritualité de Marguerite Bourgeoys », [En ligne]. http://www.cnd-m.org/fr/spiritualite/marguerite-bourgeoys_spiritualite.php (Page consultée le 20 mai 2015)

[4] Lorraine Caza, CND, Avec Marguerite Bourgeoys, contempler Marie au lendemain de la Résurrection », conférence donnée à l’amphithéâtre du site universitaire Hôtel-Dieu-le-Comte, Troyes, 13 novembre 1994, p. 6.

[5] Lorraine Caza, La vie voyagère, conversante avec le prochain, Montréal, Bellarmin, 1982, p. 56-57.

[6] Marguerite Bourgeoys, Les écrits de Mère Bourgeoys : autobiographie et testament spirituel, Montréal, Congrégation de Notre-Dame, 1964, p. 80.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Lorraine Caza, CND, Avec Marguerite Bourgeoys, contempler Marie au lendemain de la Résurrection », conférence donnée à l’amphithéâtre du site universitaire Hôtel-Dieu-le-Comte, Troyes, 13 novembre 1994, p. 12.

[10] Idem.

[11] Ibid., p. 15.

[12] Ibid., p. 16.

[13] Ibid. p. 20.

[14] Ibid, p. 22-23.

[15] Pape François, La joie de l’évangile, Montréal, Médiaspaul, 2013, p. 55

[16] Lorraine Caza, CND, Avec Marguerite Bourgeoys, contempler Marie au lendemain de la Résurrection », conférence donnée à l’amphithéâtre du site universitaire Hôtel-Dieu-le-Comte, Troyes, 13 novembre 1994, p. 25.

 

 

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