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Conversation avec Marie-Laure Simon, CND

Lise Perras, CND

Crédit photo: Marie-Claire Dugas

Je suis allée visiter Marie-Laure Simon et lui ai demandé de me parler d’elle. Quelle belle rencontre j’ai vécue!

Marie-Laure appartient à la nation des Mohawk et elle en est très fière. Elle a grandi à Oka, dans une famille de douze enfants où elle occupe le septième rang. Tout laisse croire que ces six garçons et ces six filles avaient développé une solide complicité. « Nous n’étions pas riches, mais nous étions bien ensemble », ce qui semble avoir adouci les injures et les procédés d’intimidation venant parfois de l’entourage. Marie-Laure avoue avoir eu honte d’être autochtone pendant son enfance parce qu’on les prenait pour des méchants. Leur père qui était un homme doux rappelait à ses enfants « Il ne faut pas s’en faire : sauvage, ça veut dire en harmonie avec la terre ». Ce père plein de tendresse racontait des légendes amérindiennes à ses petits pendant les soirées permettant ainsi à la mère de vaquer aux occupations de la maison tout en y ajoutant son grain de sel.

Après avoir fréquenté l’école primaire du rang, Marie-Laure a demandé pour aller étudier à Saint-Eustache où elle devenue pensionnaire chez les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. Elle a ensuite fréquenté l’École normale de Montréal et y a terminé le cours complémentaire.  Puis elle est devenue « maîtresse d’école » pendant deux ans. Elle avait certainement du talent pour l’enseignement puisque l’inspecteur lui a accordé la prime des enseignantes de la région. Bravo Marie-Laure!

Maintenant convaincue qu’elle aimait l’enseignement, impressionnée par l’importance de l’Année Sainte et désireuse de donner sa vie à Dieu, Marie-Laure est entrée au postulat de la Congrégation de Notre-Dame en 1950. Sœur Saint-Yves-Marie (sœur Yvette Cournoyer) l’a guidée dans sa demande. Puis sa carrière d’enseignante s’est prolongée, d’abord auprès des jeunes de 7e année pendant une vingtaine d’années. Ensuite, on lui a offert un perfectionnement comme orthopédagogue par un cours à temps partiel échelonné sur trois ans, les frais étant assumés moitié/moitié par l’Université de Montréal et la Commission scolaire. Un signe de confiance, n’est-ce pas? Elle a servi comme orthopédagogue pendant encore une bonne vingtaine d’années. Parallèlement à sa formation continue comme pédagogue, Marie-Laure s’est donné une formation en liturgie, ce qui explique son engagement ininterrompu en paroisse.

Voilà qu’en juillet 1990 éclate la crise d’Oka. À ce moment, Marie-Laure était sur les lieux pour avoir soin de sa mère. Par hasard, un Amérindien avait découvert un plan secret que le maire avait présenté au gouvernement provincial qui l’avait autorisé, et qui consistait à s’emparer des terres appartenant aux Mohawks pour agrandir le terrain de golf et pour réaliser un projet immobilier de luxe. Marie-Laure dit qu’elle n’aimait pas ce climat très tendu qui a duré longtemps et qui a donné lieu à beaucoup de violence. Cependant elle était d’accord avec le soulèvement et chaque soir, avec les siens, elle se rendait aux barricades en signe d’appui. Enfin! Les Amérindiens réagissaient et ne se laissaient pas faire! Finalement, l’intervention des Forces canadiennes a mis fin au conflit en septembre : le projet d’agrandissement du terrain de golf a été annulé et le gouvernement a acheté les terres pour la construction de condos. Marie-Laure considère que ce fut un événement regrettable qui a envenimé encore davantage les relations avec les allochtones.

Puis, un jour, en janvier 1994, le WAMPUM est né! Il est né d’une connivence entre Claude Lacaille, pmé et Richard Bonetto alors étudiant à l’Université de Montréal. Ces deux-là souffraient des préjugés qu’ils entendaient au sujet des autochtones. Ils souhaitaient créer des ponts entre autochtones et allochtones. Une équipe de sept personnes a été formée, Richard en était le leader. Avec Claude Lacaille, cette équipe a visité trois réserves amérindiennes. Puis, grâce à Jeff Francoeur, omi, un local a été loué sur la rue Champlain. Des rencontres publiques avaient lieu une fois par mois.

Lorsque Richard Bonetto a quitté le projet, il a laissé la responsabilité à Marie-Laure qui occupe le poste depuis ce temps. Avec l’aide de Gerry Pascal, un amérindien très dévoué, elle a supervisé le déménagement du local sur la rue Logan. Et elle a obtenu la charte en tant qu’association à but non lucratif. Puis, nouveau déménagement, cette fois dans des locaux des Oblats à la paroisse Saint-Pierre-Apôtre, grâce à l’appui indéfectible du même Jeff Francoeur, omi. Puis, lorsque l’Archevêché de Montréal a pris possession de l’église, Marie-Laure a cherché un abri pour le Wampum et elle l’a trouvé au Centre d’amitié autochtone de Montréal.

J’ai demandé à Marie-Laure si elle a souffert de son identité mohawk en communauté, elle a répondu : « Non! On m’a toujours respectée. Pendant mes années d’enseignement, ma culture amérindienne n’était pas mise de l’avant, mais je n’ai jamais abandonné ma culture : je priais comme les Amérindiens, je réfléchissais comme eux ». Elle a accueilli comme une délicatesse le fait d’être autorisée à participer aux funérailles de son oncle, sans être accompagnée, avant même ses vœux perpétuels. Lors d’une célébration, sœur Marie-Claire Leduc lui a demandé de procéder au rite de l’encens, et elle en a été touchée y décelant un égard pour sa culture. Sœur Mariette Bourgeois, animatrice provinciale l’a beaucoup encouragée à exprimer son identité amérindienne.

Maintenant parvenue à 90 ans, Marie-Laure se prépare pour une autre étape : quitter son logement, confier à d’autres ses responsabilités à la paroisse Saint-Eusèbe et à Wampum. « Je suis rendue là ! » affirme-t-elle bien sereinement avec un large sourire.

Cette conversation avec Marie-Laure m’a convaincue une fois de plus que j’avais affaire à une grande croyante, ce qui fait d’elle une femme décidée, enthousiaste, courageuse, dévouée, vaillante et très proche des personnes.

Merci! Chère Marie-Laure, notre sauvagesse unique.

 

 

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