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L’Espérance dans la mission avec sainte Marguerite Bourgeoys

Louise Côté, CND

Nous poursuivons notre marche sur la route de l’espérance, en compagnie de saints et saintes du diocèse. Aujourd‘hui, il s’agit de sainte Marguerite Bourgeoys, citoyenne de cette ville de Troyes, au XVIIe siècle.

Marguerite Bourgeoys, dans sa foi chrétienne, croyait que la vie ne finit pas avec la mort et que Jésus a dit : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ». Sa foi s’épanouissait certainement en cette Espérance dont on a écrit :

Parce qu’elle croit que la vie a un sens, l’espérance donne le goût de la marche.

Parce qu’elle croit que rien n’est fatal, l’espérance a le goût de faire du neuf.

Parce qu’elle croit que Jésus-Christ est sa force, l’espérance exorcise le découragement.

Cette espérance qui donne le goût de la marche et le goût de faire du neuf semble bien décrire l’espérance qui a inspiré la vie de Marguerite Bourgeoys.

En 1652, elle accueille l’appel d’un « ailleurs ». Comme à Abraham Dieu semble lui dire « Quitte ton pays »… Elle n’hésitera pas à franchir l’océan afin de poursuivre, en Nouvelle-France, sa mission de « voyagère » pour l’Evangile. Cette mission, elle l’avait commencée à Troyes, dans la congrégation externe fondée par les Chanoinesses de Saint-Augustin pour prolonger leur action d’éducatrices dans les quartiers pauvres des faubourgs. Marguerite y a reçu une formation pédagogique pour enseigner d’après la méthode de saint Pierre Fourrier.

Cette année-là, Paul Chomedey de Maisonneuve, fondateur et gouverneur de Ville-Marie (Montréal), est de passage à Troyes à la recherche d’une institutrice… Pour Marguerite « l’appel » se concrétise : « Je m’offris pour y aller, dit-elle, et il m’accepta ».

Marguerite entreprend donc, en 1653, son voyage vers le Nouveau Monde – deux mois sur un voilier, dans les conditions de navigation de l’époque. Le navire affrété pour la traversée avait sans doute transporté des pestiférés dans ses précédents voyages : après quelques semaines, l’épidémie se déclare à bord. Marguerite se constitue infirmière auprès de ces malades dont huit décèdent en mer.

Après un long périple, Marguerite arrive à Ville-Marie. Elle touche enfin le sol où s’exercera sa mission, ce pourquoi elle a quitté sa famille et son pays ! Venue pour enseigner, elle constate qu’il n’y a pas encore d’enfants d’âge scolaire. Va-t-elle désespérer ? Voici sa réaction concernant les enfants de la colonie qui mouraient en bas âges :

On a été huit ans que l’on ne pouvait élever d’enfants

Ce qui donnait bonne espérance, puisque Dieu prenait les prémices.

Comment va-t-elle s’insérer dans la vie de la colonie ? Une chose est sûre, elle ne se replie pas sur elle-même. Elle soutient les courages, prête son aide à Jeanne Mance, fondatrice de l’Hôtel-Dieu, annonce la bonne nouvelle dans les voies simples du quotidien. Cet inlassable dévouement, lui vaut d’être considérée comme « Mère de la Colonie »…

Son espérance pour la mission ne faiblit pas… 1658 : enfin, l’enseignement et la mission éducative ! L’heure est venue d’ouvrir une école à Ville-Marie. Monsieur de Maisonneuve cède à cette fin une étable de pierre. En cette première année, l’école accueille une douzaine .d’élèves plus cinq petits « de la maternelle ». On y verra plus tard des indigènes car « la sœur Bourgeoys », écrit Dom Jamet, « associa l’éducation des filles de la forêt à celle des filles françaises »…

Peu à peu, la colonie se peuple. Marguerite Bourgeoys a besoin de collaboratrices pour assurer la pérennité de son œuvre. Elle ira les chercher en France… Au cours des ans, à cette fin, elle franchira six fois l’Atlantique. De la plus courte de ces traversées, elle dira : « Nous ne fûmes que 31 jours » !

En 1659, au retour de son premier voyage, elle ramène quatre collaboratrices. Ainsi, la mission éducative peut se développer…

Marguerite Bourgeoys a désiré, dès sa jeunesse, devenir religieuse. Elle a sollicité son entrée au Carmel, mais sans succès… Par la suite, son guide spirituel, l’abbé Gendret, (de la paroisse St-Nizier) au courant de ses démarches, connaissant ses aspirations spirituelles et ses aptitudes à attirer d’autres personnes, lui parle d’un projet de vie religieuse pour honorer la vie de la Ste Vierge. Un essai est tenté à Troyes, qui ne réussit pas.

Ce projet aura-t-il plus de succès dans le Nouveau-Monde ? Marguerite le reprend et c’est la naissance d’une communauté de vie religieuse apostolique où les sœurs peuvent aller là où la charité requiert leur présence. Et cela, à une époque où la vie religieuse féminine ne s’actualise généralement que derrière la grille d’un cloître…

Elle et ses sœurs deviennent alors les « Filles séculières de la Congrégation de Notre-Dame ». Pour Marguerite, « sans voile ni guimpe, elles seront vraiment religieuses ». Elle obtient des lettres patentes signées par Louis XIV, assurant la continuité de son œuvre, et, de François de Montmorency Laval, évêque de Québec l’approbation épiscopale de sa communauté.

La fondatrice transmet à ses sœurs le savoir qu’elle a acquis et le fruit de son expérience d’éducatrice. Elle leur communique aussi le respect qu’elle professe pour la dignité de toute personne humaine.

Plus tard, Marguerite accueille des Autochtones dans sa Congrégation et leur confie une tâche d’éducation auprès des leurs, ce qui exigeait ouverture d’esprit et audace, en raison de la politique de francisation de la Mère patrie. (Un document de la cour, conservé dans nos archives invitait Marguerite Bourgeoys à ne pas hésiter à franciser les filles indigènes)…

L’action de Marguerite Bourgeoys ne s’exerce pas uniquement à l’école. L’importance qu’elle attache à la famille colore son engagement missionnaire. Elle accueille dans sa maison, les « filles du Roi », dotées par Louis XIV pour fonder des familles et peupler l’ile de Montréal. Elle les prépare à la vie qui les attend dans ce dur pays et propose ce qu’on qualifierait aujourd‘hui de « cours de préparation au mariage ».

Au XVlle siècle, la France colonisait… il ne semble pas, toutefois, que c’était uniquement pour acquérir des richesses et augmenter son pouvoir. L’établissement à Montréal, pur sa part, poursuivait un tout autre but. Cette ville doit son origine à un groupe d’hommes et de femmes dévots dont le rêve était de partager, avec les peuples autochtones du Nouveau-Monde, ce qu’ils considéraient comme leur bien le plus précieux : leur Foi. Et cela, en vivant à la manière de la première communauté chrétienne telle que décrite dans les Actes des Apôtres. Dans ce but, est fondée la Société Notre-Dame de Montréal qui parvient à établir une colonie durable à Ville-Marie, principalement grâce aux migrants recrutés en France à ses frais.

Ce rêve d’imitation de la première communauté chrétienne a été vécu, semble-t-il, durant une vingtaine d’années. Mais le nombre d’habitants augmentant, la Société de Notre-Dame étant dissoute, les fervents de la première communauté chrétienne deviennent moins nombreux. D’où, sans doute, cette invitation de Marguerite Bourgeoys à ses sœurs :

Ah ! mes chères sœurs, faisons renaître, au moins parmi nous, le vrai esprit de cordialité et d’amour qui faisait le gloire et le bonheur du premier christianisme !

Quand elle parle des « premiers chrétiens nos modèles », Marguerite n’oublie pas le second aspect mentionné dans les Actes des Apôtres : « Ils ne possédaient rien en propre et en particulier, tous les biens étaient communs entre eux ». Pour les imiter, elle confie avoir « choisi une vie non austère, ni dans les déserts, mais une petite vie simple »…

Comment aurait.-elle vécu dans notre société actuelle ? Il ne va pas de soi de vivre simplement dans une société de consommation où la publicité vise à faire naître sans cesse de nouveaux besoins et à exploiter le désir de possession…

Marguerite a vécu au temps du règne du Roi soleil, une époque de recherche de gloire, de privilège de classe et pourtant, elle a refusé tout privilège comme, par exemple, de prendre ses repas à la table de Maisonneuve sur le bateau. Elle ne faisait pas non plus de distinction entre les personnes. Un de ses biographes rapporte qu’un riche membre de la Compagnie de Montréal lui offrit un fonds considérable pour assurer un revenu à l’œuvre naissante de sa congrégation. Elle n’accepta pas cette offre de crainte que cette avance ne nuisît à la simplicité de vie qu’elle avait choisie…

La vie de Marguerite Bourgeoys n’a pas toujours été au beau fixe… Les épreuves ne lui ont pas manqué… Considérons uniquement la longue nuit spirituelle qu’elle a vécue. Au sujet de cette épreuve, elle confie, dans une lettre à son guide spirituel :

« Il et difficile de dire ma peine et j’ai demeuré cinquante mois dans cette peine. »

Puis, elle ajoute :

« Quoique je ne refuse pas mon malheur, je n’ai pourtant jamais douté de la miséricorde de Dieu, et j’espérerai en Lui quand je me verrais un pied dans les enfers. »

Dans les épreuves et face aux difficultés, Marguerite chemine avec son Dieu. Son courage est stimulé par une foi vivante et une ferme espérance. Elle pourrait signer ces versets d’un chant connu :

Ton Evangile est Espérance

Qui fait avancer plus loin que la nuit.

C’est encore pour la mission que Marguerite a offert sa vie. Dans la nuit du 31 décembre 1699, Catherine Charly, maîtresse des novices, âgée de 33 ans, est à l’article de la mort. La sœur qui annonce la nouvelle à Marguerite, cette nuit-là, l’entend soupirer en priant Dieu de prendre sa propre vie plutôt que celle de cette jeune sœur qui peut encore servir la mission… Sa prière est exaucée : Catherine est guérie et pourra poursuivre sa mission. Et, le 12 janvier suivant, Marguerite quitte cette terre.

Annonçant la mort de la fondatrice à ses sœurs, la supérieure écrit :

Elle est morte, mes chères sœurs, comme elle a vécu, c'est-à-dire en aimant Dieu de tout son cœur et en témoignant une joie extrême de s’unir à son Créateur.

Un de ses biographes, Dom Jamet, résume comme suit le seul bonheur qui comblait le cœur de Marguerite :

Ici-bas, vivre en Dieu,

Là-haut, habiter chez Lui.

C’est bien dans sa Foi que Marguerite Bourgeoys puisait l’Espérance qui a motivé ses choix et orienté ses pas. Sur ce chemin d’Espérance nous sommes, comme elle, invités à avancer…

 

 

 

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