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La traite des personnes: la réalité – mes réflexions

Patricia McCarthy, CND

Introduction

J’offre ici quelques essais et des données importantes sur le problème toujours croissant de la traite des personnes. Ces données sont reconnues mondialement grâce au projet Polaris. Les réflexions sont les miennes. Elles sont là dans le but de soulever quelques-unes des questions complexes qui se cachent derrière la réalité de la traite des personnes.

Définition de l’expression « traite des personnes » selon la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée :

Le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation. L’exploitation comprend, au minimum, l’exploitation de la prostitution d’autrui ou d’autres formes d’exploitation sexuelle, le travail ou les services forcés, l’esclavage ou les pratiques analogues à l’esclavage, la servitude ou le prélèvement d’organes.

Statistiques sur la réalité1

800 000 personnes sont trafiquées mondialement chaque année;

27 millions de personnes sont réduites à l’esclavage à travers le monde;

17 500 personnes immigrées clandestines sont trafiquées aux États-Unis chaque année;

50% des victimes sont des enfants;

9 milliards de dollars de profit découlent du trafic aux États-Unis;

91 villes américaines ont rapporté des cas de trafic.

Mythes au sujet de la traite des personnes2

1. L’esclavage a cessé il y a cent ans.

Réalité : L’esclavage continue d’être un problème considérable dans la lutte pour les droits humains de notre époque.

2. Le trafic implique le déplacement des personnes au-delà des frontières.

Réalité : Plusieurs victimes sont déplacées à l’intérieur même de leur pays.

3. On a toujours recours à la force.

Réalité : Les menaces et la tromperie sont tout aussi efficaces.

4. Ce problème existe seulement en Thaïlande, au Népal et dans d’autres pays pauvres.

Réalité : On retrouve plusieurs axes majeurs de trafic des personnes notamment aux États-Unis, au Japon et dans d’autres pays riches.

Réflexions sur l’impact de l’abus sexuel sur les victimes

Malgré les nombreuses et excellentes études sur l’impact de l’abus sexuel et de l’exploitation sur les victimes, il reste encore, à mon avis, beaucoup de points à élucider. Selon les dates des études disponibles présentement, il semble que les années 80 aient marqué le début des recherches importantes sur les effets de l’abus sexuel sur les victimes. Durant les années 90, les recherches se sont considérablement intensifiées et multipliées.  Il est encore trop tôt pour évaluer les études de la présente décennie mais tout indique que l’on cherche à connaître plus en profondeur l’étendue des traumatismes causés par l’abus sexuel. Le silence a été brisé et les cris des femmes et des enfants se font entendre dans des milieux de plus en plus vastes.

Les victimes de l’abus sexuel, pour de nombreuses raisons d’ordre psychologique et de survie, portent rarement plainte et sous-estiment le mal qui leur a été fait dans les situations d’abus. Je crois que ceci est un fait reconnu spécialement dans les études auprès de femmes qui étaient des travailleuses du sexe au moment où les études étaient en cours. Par exemple, une étude3 basée sur des entrevues effectuées auprès de travailleuses du sexe encore actives peut difficilement donner une image exacte des effets de l’abus. Personne ne peut mesurer l’ampleur des conséquences de l’abus lorsque la situation est toujours en cours. L’instinct de survie obscurcit l’auto-évaluation émotionnelle et psychologique et les effets à long terme ne peuvent être vus à court terme. L’étude donne des réponses exactes aux questions concernant la violence physique, ce qui est étonnant et bouleversant, et fait aussi allusion aux conséquences émotionnelles, mais elle ne peut les décrire pleinement parce que les travailleuses sont toujours actives. Le fait que les femmes interviewées étaient âgées de 19 à 40 ans laisse dans l’ombre la réalité des travailleuses actives mineures qu’il n’est pas possible d’interviewer. Ces filles sont tenues à l’écart et leurs situations sont plus tragiques, compte tenu de leur jeune âge au moment de l’abus sexuel. Des rapports comme celui-ci donnent des informations importantes sur le niveau et sur l’étendue de la violence physique faites aux travailleuses du sexe, mais ils touchent très peu les effets psychiques plus profonds.

Les travailleuses du sexe se font régulièrement gifler, empoigner, lécher, mordre et pincer. Leurs vêtements  se font déchirer, leurs corps se font pénétrer. Elles se font injurier et traiter de « conne », de « traînée », de « putain », de « salope » et de « chienne ». Elles se font harceler, menacer et agresser. Comment ces femmes pourraient-elles admettre et nommer tout le mal qui leur est fait lorsqu’elles sont traitées ainsi? Avec quels mots pourraient-elles exprimer toute la dégradation morale et psychologique qu’elles ressentent face à ce genre de traitement? Une part de leur humanité n’est-elle pas écorchée à chaque fois qu’elles doivent enlever leurs vêtements?

Plusieurs études minimisent le taux de mortalité chez celles qui travaillent dans l’industrie du sexe. Les femmes restent sans nom; leur décès n’est ni signalé ni associé à leur condition de victime. D’une manière générale, les études reconnaissent que le taux de mortalité est sous-estimé dans leurs analyses.

Plusieurs victimes, en particulier les mineures, ne sont pas repérées même dans ce genre d’études. Les victimes, celles qui sont des immigrées clandestines, ne figurent dans aucun registre de morts ou de vivants et leur nombre s’élève à des dizaines de milliers par année.

Les membres du corps de police qui rédigent la plupart des rapports officiels de prostitution et de décès ne rencontrent qu’un seul type de prostituées. Celles qui se déplacent d’une ville à l’autre font rarement partie du circuit policier. Les prostituées de la rue ne représentent qu’une seule catégorie de personnes abusées sexuellement. Bien souvent, les victimes du suicide, de violence conjugale, d’homicide conjugal, de surdose de drogues et de « disparition » ont d’abord été des victimes d’abus sexuel. Il est certes important de démontrer que les prostituées sont 18 fois plus à risque de perdre la vie que les autres femmes du même âge, mais cela ne suffit pas. Les études doivent aller plus loin. Combien de prostituées encore en vie dans cette étude sont si meurtries qu’elles vivent avec la mort dans l’âme?

La poésie est souvent plus éloquente que les statistiques. « Si l’on vous regarde comme une prostituée, il importe peu que vous soyez éventuellement ligotée ou éventrée avec votre photo dans les médias. Si votre vie est du genre qui exige que vous montiez dans des voitures d’étrangers pour négocier le prix de votre sexe... alors vous savez que votre dernier acte porno pourrait avoir lieu à tout moment. »4

Une étude provenant de Chicago5 reconnaît que les effets sont plus dévastateurs chez les jeunes prostituées. Des femmes admettent avoir échangé des rapports sexuels contre de l’argent dès l’âge de quatre ans. Parmi celles qui ont commencé à se prostituer avant l’âge de 15 ans, 72% avaient des problèmes à la maison, 50% venaient d’une famille où il y avait de la prostitution et 87% avaient connu une personne qui leur avait suggéré de se prostituer. Toutes celles qui avaient commencé à un très jeune âge ont connu des problèmes de santé plus graves que celles qui ont commencé plus tard.

Même si un enfant n’a pas eu à se prostituer, le fait de vivre dans un milieu aussi dangereux peut entraîner en lui de graves problèmes mentaux, émotionnels et physiques. Quelle valeur lui reconnaît-on lorsqu’on lui suggère de s’adonner à la prostitution? Cet enfant sera sans doute  forcé de s’engager dans cette voie, probablement après avoir  été abusé sexuellement depuis la petite enfance. Comment cet enfant pourrait-il apprendre à développer des limites saines au niveau du comportement et de l’autoprotection s’il vit dans le milieu de la prostitution? Encore une fois, dans un tel environnement, l’enfant risque beaucoup d’être victime d’abus sexuel. Où peut-il aller pour se protéger? Qu’arrive-t-il à un enfant qui vit dans la peur d’être violé à tout moment? À l’âge où il est supposé développer sa propre identité, il est régulièrement dévêtu et agressé. Quand et comment peut-il développer son identité dans de telles circonstances?

Les études ne peuvent se baser que sur les données factuelles des chercheurs auprès des victimes et des témoins (mais il n’y a généralement pas de témoins). La dissociation, cette arme qui aide les enfants à survivre à l’abus, entravera plus tard le processus de guérison. C’est souvent après plusieurs années de thérapie que les survivants et survivantes de l’abus arrivent à se souvenir, à révéler les détails et à mesurer l’ampleur de l’abus. Les enfants qui ont été abusés durant les premiers mois ou les premières années de leur vie ne peuvent pas se souvenir de ce qui leur a été fait, mais ils n’en portent pas moins les blessures dans leur coeur.

De toutes les études et les recherches, les plus troublantes pour moi sont celles qui ciblent les victimes les plus jeunes. Dans ces situations, l’aspect le plus ignoble6 est le processus de séduction. Généralement, la victime est dans une situation de confiance avec l’abuseur, soit un parent, un beau-père, un pasteur, un prêtre, un éducateur, un ami de la famille, etc. L’enfant éprouve naturellement de la  confiance et d’autres adultes encouragent cette confiance. Nul enfant n’adopte un comportement sexuel de son plein gré. L’abuseur utilise la tromperie ou la force lors de la première agression puis se sert de la situation de confiance pour faire croire à l’enfant qu’il est complice des actes sexuels. La culpabilité, la force, l’intimidation et la peur engendrent chez l’enfant un silence qui permet à l’agresseur d’intensifier les activités sexuelles et de se maintenir à l’abri.

Les conséquences à court terme et à long terme de ce genre d’abus auront un impact dévastateur sur les émotions et sur le comportement social et sexuel de l’enfant tout au long de sa vie à moins d’avoir un  recours profond à la thérapie. Si les adultes peuvent à peine concevoir et tolérer la réalité de l’abus sexuel des enfants, comment un enfant sans défense pourrait-il vivre cette réalité à chaque jour, pendant des années? 

Tous les aspects de sa vie en sont marqués. La courbe de ses capacités d’apprentissage est affectée en proportion de l’abus qu’il a subi et cet abus ne peut, en aucune manière, faire partie des réalités normales de sa vie. Ceci explique pourquoi les enfants abusés ne peuvent se détendre ni faire confiance aux  personnes qui ne les ont jamais abusés et qui sont des personnes fiables, tels des enseignants/tes ou des conseillers/ères. C’est pour cette raison que les enfants victimes d’abus sexuel éprouvent des problèmes d’intimité plus tard dans leurs relations avec des adultes. Leur confiance a été brisée.

Ces personnes compatissantes et dévouées ne peuvent pas venir en aide aux enfants abusés car ils  sont incapables de se maîtriser suffisamment pour se comporter convenablement ou apprendre. Ils luttent contre trop de démons intérieurs et ne peuvent dépasser leur douleur. Les enfants qui ont été abusés souffrent de plusieurs troubles alimentaires et digestifs. Ils ont été traumatisés jusque dans leurs entrailles. Ils souffrent de démangeaisons, ils vomissent ou ils sont constipés. Ils mouillent leur lit, ce qui les humilie par la suite. Ils explosent et sont perçus comme des fauteurs de troubles. Ils s’évadent physiquement et émotionnellement. Plusieurs tentent de se suicider. Quelques-uns y arrivent soit en consommant de la drogue ou en adoptant des comportements dangereux jusqu’à la mort. Et la liste s’allonge. Ces enfants ont subi des blessures qui ont marqué leur croissance et leur vie émotionnelle, physique, psychologique et sociale. Leur système nerveux transmet leur douleur à chaque partie de leur corps et de leur esprit.

Les enfants vivent naturellement dans le moment présent. Lorsque des circonstances du présent perturbent et détruisent leur corps et leur esprit d’enfant, c’est à la fois le présent, le passé et le futur qui chavirent à moins d’une intervention radicale. Quelques-uns en bénéficient, d’autres, non. Les statistiques sur la violence à l’égard des enfants peuvent nous renseigner mais seul l’amour d’un enfant peut nous motiver à travailler sans relâche en sa faveur.

 

LE NOM DE L’ENFANT : AUJOURD’HUI

Gabrilela Mistral, poète du Chili, prix Nobel

 

Nous avons commis de nombreuses erreurs et de nombreuses fautes,

Mais notre crime le plus ignoble est celui d’abandonner les enfants,

Négligeant ainsi la fontaine de vie.

 

Maintes choses dont nous avons besoin peuvent attendre.

L’enfant, lui,  ne peut pas  –

C’est aujourd’hui que se forment ses os,

Que se renouvelle son sang et que se développent ses sens,  

 

Aux enfants, nous ne pouvons répondre « Demain »,

Car le nom de l’enfant est « Aujourd’hui ».

 

Dix traits caractéristiques que l’on retrouve chez les personnes qui commettent des crimes sexuels contre les femmes et les enfants

Une étude approfondie du problème de la traite des personnes nous mène à faire un lien critique entre bien connaître le profil des exploiteurs sexuels et mettre fin à leur comportement. Plusieurs d’entre nous trouvons difficile d’étudier les personnes derrière le crime; nous voulons plutôt nous concentrer sur les victimes, les soutenir dans leur vulnérabilité.  Pourtant, il est important de lire les nombreuses études sur les exploiteurs sexuels, car mettre fin à la demande nous permettra de stopper le trafic humain.

Selon plusieurs études, les exploiteurs sexuels présentent dix traits caractéristiques principaux. Ces  traits communs se rapportent à la personnalité et la stabilité émotionnelle et ne sont pas des données sociologiques. La plupart des études semblent convenir que les exploiteurs sexuels sont en majorité des hommes. Ceux-ci proviennent de tous les groupes d’âge, de toutes les catégories sociales et de tous les pays. Un fait demeure : ils ont tous le choix de se livrer ou non à des activités sexuelles commerciales. Personne ne les force à s’y adonner.

1. Contrôlant

La première caractéristique est le besoin de contrôler. Les exploiteurs sexuels ont besoin d’exercer un contrôle sur les autres. Ils décident du moment, de l’endroit et de la personne avec qui ils auront une rencontre sexuelle. C’est un mythe de croire que ce sont des individus solitaires et isolés. Plusieurs d’entre eux sont mariés ou ont une petite amie. Ils recherchent des rencontres sexuelles commerciales parce que, dans ce contexte, ils peuvent avoir des comportements plus bizarres ou parce qu’ils peuvent tout contrôler sans se soucier des désirs ou des droits de l’autre personne.

Les exploiteurs sexuels ont recours à  la force et au pouvoir pour dominer leurs victimes. Ils peuvent abuser d’elles physiquement ou émotionnellement. Les rencontres sexuelles commerciales ne servent pas à former des relations mais à répondre aux besoins de celui qui paie pour la rencontre. 

2. Irresponsable

L’argent tient le pouvoir. Les exploiteurs sexuels se croient en droit de maltraiter les femmes et les enfants parce qu’ils ont payé pour la rencontre. Ils nient le fait que les victimes sont forcées à se prostituer. Ils disent à leurs victimes : « Tu aimes vraiment ça, tu désires que je sois violent avec toi, tu veux que je fasse ces choses avec toi, etc. ».

Ils ne répondent pas  de leurs actions. Ils se distinguent par leur insouciance. Ils évitent certains termes pour se désigner. Ils préfèrent utiliser « clients » ou « consommateurs » plutôt qu’« exploiteurs » ou  « agresseurs ».7 Ceci fait partie du monde imaginaire de déni dans lequel ils vivent. Ils empêchent leurs victimes de se plaindre et de se défendre. Lorsque les victimes réagissent, elles sont punies, alors elles apprennent à faire semblant et la ronde du déni se poursuit. 

Les services sexuels sont peu coûteux. Il n’y a ni prélude ni suite. Aucun engagement affectif n’est requis. Tout est centré sur le corps; tout est fait selon les exigences de l’exploiteur qui n’assume aucune responsabilité. Même le « problème » des victimes blessées tombe sous la  responsabilité du proxénète et non du client. L’argent justifie le client à ses propres yeux, lui enlève toute responsabilité sur le plan affectif, moral ou social.

3. Narcissique

Les exploiteurs sexuels présentent une telle déficience cognitive qu’ils ne perçoivent pas la réalité de l’abus sexuel des femmes et des enfants comme une réalité. Ceci ne veut pas dire qu’ils soient handicapés mentalement. C’est plutôt qu’ils préfèrent feindre l’ignorance. Ils ne sont pas capables d’empathie parce qu’ils ne voient pas la réalité telle qu’elle est. Un enfant qu’ils utilisent pour obtenir leur gratification sexuelle n’est qu’un enfant qui n’aurait, de toute façon, aucune chance dans la vie et l’argent lui sera utile. Une femme que l’on peut acheter pour recevoir des services sexuels n’est pas vraiment une personne. C’est son choix de faire de la prostitution. Les faits réels sont déformés pour s’ajuster aux besoins de l’exploiteur.

Toutes les réalités sont envisagées en fonction de la gratification. Les femmes et les enfants qui sont là pour assouvir ses besoins n’ont aucune valeur. Pour un exploiteur, les besoins des autres n’existent pas.

4. Incapable de former des relations

De toute évidence, un exploiteur sexuel éprouve des difficultés à se lier intimement avec d’autres personnes. Il n’y a pas de liens intimes entre les objets, et l’exploiteur traite les femmes et les enfants comme des objets qu’il utilise pour sa propre satisfaction. Il est incapable d’être attentif aux pensées et aux sentiments de quiconque en dehors de lui-même. Il est le centre de son propre univers.

Un exploiteur sexuel croit que ses victimes lui « appartiennent ». Il a été démontré que 58 %  des exploiteurs sexuels ont eux-même été victimes d’abus sexuel pendant leur enfance.8  Cette triste réalité vient s’ajouter aux raisons qui le rendent incapables d’entretenir des relations avec des adultes. Les enfants qui ont été abusés sexuellement n’ont pas de frontières personnelles parce que celles-ci ont été enfreintes avant même d’avoir été établies. Une fois devenus adultes, s’ils ne se sont pas soumis à des traitements, ils n’ont aucun point de repère qui leur permette d’entrer normalement en relation avec qui que ce soit. Ils ne connaissent que le langage du corps. Plusieurs exploiteurs sexuels sont émotionnellement, peu ou pas développés. Le fait d’échanger de l’argent pour des rencontres sexuelles  accentue la distance émotionnelle de ces personnes avec les autres.

5. Tolérant envers la violence

Un exploiteur sexuel devient intoxiqué par les habitudes sexuelles qu’il a développées au cours de sa vie. Cependant, son comportement sexuel ne se stabilise pas avec le temps, il se détériore. À force de traiter les victimes comme des objets et d’entretenir des sentiments de pouvoir et de contrôle, près de 11% des exploiteurs sexuels finissent par commettre des actes de violence. Leur comportement dégénère de plus en plus en violence, une tendance souvent entretenue par l’usage de la pornographie. L’exploiteur sexuel a besoin d’utiliser une pornographie de plus en plus bizarre et violente pour se satisfaire. Si le niveau de violence de la pornographie augmente, la violence dans les rencontres sexuelles augmente aussi afin d’imiter la pornographie. La pornographie, le pouvoir et le contrôle mènent à une escalade de la violence physique. Plus les rencontres sexuelles sont utilisées pour exprimer le pouvoir, plus la violence sera présente.

6. Avide de promiscuité

Selon une étude détaillée menée par le gouvernement américain9, de vastes recherches ont démontré que plus un individu a de partenaires sexuelles, plus il aura tendance à acheter des relations sexuelles. Cette tendance est compatible avec d’autres comportements de dépendance. La promiscuité sexuelle doit constamment augmenter pour arriver à satisfaire la compulsion. Comme le besoin compulsif ne peut jamais être satisfait,   le comportement de dépendance doit être sans cesse répété. C’est un cycle sans fin s’il n’est pas brisé. Il faut de plus en plus de partenaires pour entretenir la montée des fantasmes engendrée par la multiplicité des partenaires sexuels.

La fréquence de l’usage de la pornographie reflète le besoin de promiscuité de l’exploiteur sexuel.  Le fait de s’engager, d’une façon ou d’une autre, dans l’univers des comportements sexuels déviants le mènera à désirer avoir plus de rencontres sexuelles. La même étude du FBI mentionne l’usage de la pornographie comme étant un facteur motivant l’exploiteur sexuel. Il veut imiter ce qu’il a vu.

7. Protégé

La société est responsable de cette caractéristique car elle protège les exploiteurs sexuels. « Les poursuites réussies des proxénètes sont assez rares. »10 Si les proxénètes se font rarement arrêter, il est encore plus rare pour les clients d’être tenus responsables. Lors d’une razzia effectuée par la brigade des moeurs, seules les prostituées seront arrêtées. Si un client est arrêté, une simple amende lui sera imposée de sorte qu’il pourra s’en sortir rapidement.

Des films tels que « La cage aux poules » ou « Pretty Woman » confirment le mythe qu’il et normal de visiter une prostituée et que même les hommes bien le font et personne n’en souffre. La mentalité  machiste nourrit le mythe qu’il est normal pour les garçons de payer pour le sexe. Le crime « sans victimes » de la prostitution est moralement acceptable pour les hommes. La société refuse de voir qu’il y a en réalité des victimes.                                                                                 

De plus, le fait qu’il soit possible de diffuser de la pornographie par l’entremise du câble télévisuel, des agences de publicité, de l’industrie de la mode et du domaine du marketing,  contribue à rendre acceptable l’usage du sexe pour vendre des produits. La société accepte le sexe commercial même si c’est illégal à peu près partout. Ceci appuie ceux qui profitent de l’industrie du sexe.

8. Invisible

La pornographie sur Internet profite d’une réalité qui a toujours fait partie de l’industrie du sexe. Les femmes sont exhibées en public, leurs visages sont en pleine vue. Les exploiteurs sexuels, eux, restent sans visage et sans nom. Les clients ne dévoilent pas leur vrai nom ni leur adresse. Personne ne doit connaître leur véritable identité. Leurs femmes et leurs enfants ne savent pas qu’ils font usage du sexe commercial. Utiliser l’Internet préserve leur anonymat. Ils peuvent se livrer à toutes sortes d’activités sexuelles sans même s’éloigner de leur ordinateur.

Des études ont démontré que plusieurs exploiteurs sexuels ont un comportement antisocial,   une personnalité immature et qu’ils survivent en restant anonymes.11  D’une part, ils justifient leur propre comportement en utilisant différentes formes de dénis, mais en même temps, ils le cachent aux autres. Il y a une incongruité dans ces deux aspects de leur comportement.

9. Utilise des fantasmes sexuels

Ironiquement, les demandes imposées aux victimes révèlent clairement les fantasmes des exploiteurs sexuels. Dans des présentations pornographiques en direct dans l’Internet, l’exploiteur sexuel peut, en payant davantage, diriger à son gré les performances qui sont en cours. Tous les fantasmes secrets et parfois bizarres prennent vie à l’écran de leur ordinateur.

Plusieurs exploiteurs sexuels font régulièrement usage de la pornographie et vont même jusqu’à collectionner et à cataloguer différentes formes de pornographie. Leurs fantasmes deviennent réalité et ils utilisent le sexe commercial pour mettre en oeuvre leurs idées. Des hommes mariés, qui ont accès à tout le sexe qu’ils désirent à la maison, choisissent le sexe commercial pour pouvoir faire des choses que leur partenaire ne leur permettrait pas.

Peut-être que le plus grand fantasme des exploiteurs sexuels est de croire qu’ils sont puissants, supérieurs aux autres dans leurs performances sexuelles et que leurs victimes aiment ce qu’ils font. La demande pour des prostituées aimables et des enfants souriants propage ce fantasme. L’usage de la force, de menaces, de violence physique et d’abus assure la coopération des victimes afin que les exploiteurs puissent mettre leurs fantasmes en action à leur gré.

10. Se croit dans son droit

La plupart de ces caractéristiques se croisent et se nuancent. L’impression erronée d’être dans son droit, exprimée par plusieurs exploiteurs sexuels, est reliée à l’aspect monétaire du sexe commercial. Ils agissent comme si le fait de payer pour la rencontre sexuelle leur donne un droit de propriété sur la victime. Ils croient ainsi qu’ils ont le droit de faire tout ce qu’ils désirent et que le rôle de la victime est de satisfaire tous les besoins et tous les caprices des clients. L’hostilité démontrée par les exploiteurs sexuels vient du  sentiment erroné d’être dans leur droit. Ils ont payé pour avoir le privilège de tout contrôler. L’indifférence aux souffrances de leurs victimes provient de leur attitude égocentrique endurcie.12

Un autre aspect tragique découlant de cette attitude se révèle dans le commerce prisé et dispendieux des vierges et de jeunes enfants innocents. Les exploiteurs sexuels se donnent le privilège d’initier ces victimes aux relations physiques et sexuelles. Les besoins personnels des exploiteurs sexuels sont ce qu’il y a de plus important. L’exploitation des femmes et des enfants est sans importance pour eux. Tragiquement, dans la manière de voir des exploiteurs sexuels, l’abus criminel et la violence sont leur dû. Payer pour des rencontres sexuelles leur donne le contrôle, mais dans un sens plus profond, le comportement des exploiteurs est basé sur la conviction d’avoir le droit de satisfaire leurs attentes et  leurs fantasmes. Ils se croient permis de satisfaire leurs désirs.

Une réponse pertinente à ces caractéristiques bouleversantes, à ce comportement anormal et aberrant, se trouve dans les paroles suivantes, écrites par une femme qui a survécu à la prostitution :      

Ne plus jamais se taire

Par Angel Cassidy

Je suis une survivante de la prostitution.

Une survivante de la brutalité et des viols.

Sevrée d’une dépendance à l’héroïne.

 Cinq ans après avoir quitté cette vie, je n’oublierai JAMAIS

L’odeur d’une ancienne passe obscène.

La Peur.

La Souffrance.

Les couteaux, les fusils, les poings, les barres de fer et les

Cellules de prison.

Je ne me tairai plus jamais!

Trop de fois j’ai été battue presque à mort.

Laissée pour morte.

Les flics disaient que cela faisait partie du métier.

Être une pute sans valeur.

Une loque humaine.

Si on m’avait assassinée, personne ne se serait

 souvenu de mon nom.

J’aurais été une NHI ¹

Une inconnue.

Merci de vous souvenir d’Emma. ¹¹

Souvenez-vous des millions d’autres comme elle.

Comme moi.

Comme vous.

Femmes, soeurs, filles, mères.

Assassinées.

Battues.

Considérées comme des moins que rien.

Relevons-les.

N’oublions jamais.

Il ne faut plus jamais,

JAMAIS

Ignorer l’atroce brutalité qu’est la

prostitution!

In Making the Harm Visible, (Donna M. Hughes & Claire Roche, Editors), 1999

¹  NHI - une abréviation pour No Human Involved, un terme utilisé pour désigner les meurtres des prostituées.   

¹¹  Emma Bacon, une jeune femme prostituée de 20 ans, assassinée à Madison,Wisconsin, en avril 1997.

Sa mort a été commémorée par un discours prononcé par Chris Grussendorf, de l’organisation Minnesota Coalition Against Prostitution.

L’ASPECT SPIRITUEL DE LA PÉRIODE DE RÉTABLISSEMENT DANS UN REFUGE POUR LES VICTIMES DE L’ABUS SEXUEL ET DE L’EXPLOITATION

Pourquoi mettre sur pied un refuge pour les femmes et les enfants qui ont été exploités dans le marché du sexe? Parce c’est ce qu’il faut faire, parce que ce sont nos soeurs et nos enfants, parce qu’ils sont vulnérables, parce qu’ils sont incapables de parler en leur propre nom tant que la liberté et la guérison ne leur aura pas redonné leur voix. Ils s’expriment pendant qu’ils travaillent dans l’industrie du sexe, mais ils parlent de souffrance et de destruction, de trahison et de désespoir :

« À qui parler de l’abus? Après un certain temps, on devient insensible à l’abus. Cela se produit tellement souvent, c’est comme prendre le petit-déjeuner le matin. Peut-être que vous n’aimez pas ce que vous mangez mais vous vous habituez à la routine. »13

« J’ai senti la perte de contrôle sur ma propre vie. J’ai fait face à la déchéance, à la tristesse, à la colère, à la douleur, à la solitude et à la peur. Je n’avais aucune confiance en moi. Je faisais  semblant d’être heureuse et insouciante. Je faisais aussi semblant d’être indifférente à  ce que les autres pensaient de moi. »14

« C’est tout un accomplissement que de survivre à l’esclavage sexuel. Les survivantes se sentent  déchirées en mille morceaux, fragmentées et brisées, le coeur rempli de désespoir, de douleur, de rage et de tristesse. Nous avons souffert de blessures inimaginables. Nous sommes silencieuses, nous sommes insensibles. »15

Alors que des centres de rétablissement pour les victimes de l’exploitation sexuelle commerciale sont établis partout dans le monde, je voudrais aborder le sujet de la formation spirituelle des membres du personnel et des résidants de ces centres. Je crois que l’aspect  spirituel est aussi important que l’aspect social, physique ou psychologique. Ces personnes, femmes ou enfants, ont été tellement abusées physiquement et émotionnellement qu’elles portent leurs blessures jusqu’au plus profond de leur être. Leur âme a été écorchée. Elles se sentent trahies au plus haut niveau. Combien ont osé demander : « Où était Dieu au moment où on m’a violée? » Les personnes qui travaillent avec les victimes abusées entrent dans leur douleur à un tel point que les mêmes questions refont surface: « Où était Dieu au moment où elles étaient violés et abusés?  Pourquoi Dieu a-t-il permis que cela se produise? »

Il n’y a pas de réponses à ces questions en dehors de la relation personnelle avec Dieu. Au début, je veux spécifier que je ne parle pas d’une religion en particulier. Je crois que les personnes doivent découvrir par elles-mêmes la grâce de la foi. On peut éveiller et entretenir la spiritualité sans faire de prosélytisme pour une religion spécifique.

 I.  La formation spirituelle du personnel

Confronter la réalité du trafic humain nous fait voir un des aspects les plus sombres de l’humanité. Des actes cruels, violents et diaboliques commis par certaines personnes, causent  des souffrances insupportables chez d’autres. Le fait d’être mis en présence de ces souffrances, jour après jour, à travers les situations des victimes ou dans les rues où elles travaillent, peut vider la vie de son sens spirituel. Vivre au milieu d’une telle dépravation, même si c’est pour procurer du secours peut faire perdre l’espoir. Je recommande donc les cinq conditions de base suivantes pour soutenir le développement spirituel du personnel :

 

1. Un Endroit. Dans chaque centre de récupération, dans chaque refuge, je suggère de désigner un endroit pour prier, une salle où l’on peut garder le silence et méditer. Il y a une salle de prière aux Nations Unies située dans l’entrée principale. C’est un endroit sans dénomination religieuse et propice à la méditation. Plusieurs refuges sont à court d’espace et ont rarement des salles non utilisées. Je crois que la décision de désigner une telle pièce est essentielle et doit  être une priorité. Tout doit contribuer à maintenir cet endroit paisible et à l’écart du centre d’activités. Elle doit être utilisée exclusivement pour la méditation et non pas pour d’autres activités lorsqu’elle est inoccupée. La beauté et la simplicité sont appropriées dans les endroits réservés à la prière. Les affiches et les décorations voyantes peuvent distraire et devraient donc être évitées. Des fleurs coupées et des plantes vertes sont essentielles et non pas optionnelles. Un éclairage doux incite à la méditation. L’âme se nourrit de beauté.

2. Le temps. Il devrait y avoir à l’horaire de chaque membre du personnel au moins une heure par jour consacrée à la spiritualité. Certaines personnes au mode de vie occidental axé sur la performance pourraient penser que ce n’est qu’une perte de temps. Je crois, au contraire, que cela leur permettra d’augmenter leur capacité d’être attentives aux victimes. À de nombreuses reprises, les victimes ont exprimé le besoin d’avoir quelqu’un à leur écoute, prêt à entendre leur voix et à entendre leurs silences :

                        « Je vous en prie, écoutez attentivement ce que je ne dis pas. »16 

                        « Elle m’a laissée parler et elle m’a écoutée. »17

Écouter est une expérience profondément spirituelle; cela demande d’être capable de s’ouvrir à l’esprit d’une autre personne sans jugements ni réactions. Les victimes ont besoin d’être écoutées avec compassion. Elles n’ont pas besoin qu’on les transforme; elles veulent être respectées. Ce genre d’écoute intensive exige beaucoup, tant au plan physique que spirituel et émotionnel. Seul le temps peut rafraîchir la capacité d’empathie de la travailleuse sociale ou de la conseillère.

3. Une directrice spirituelle. Il devrait y avoir, dans chaque endroit ou refuge pour les victimes du trafic, une personne dont l’unique responsabilité est de voir à la santé spirituelle du personnel et des résidants. Cette personne devrait être une conseillère spirituelle, quelqu’un avec qui les membres du personnel pourraient discuter de leur cheminement spirituel, surtout en ce qui a trait à leur engagement avec les victimes. Les membres du personnel doivent entreprendre leur propre cheminement intérieur de vie avant de pouvoir amener les autres à faire la même chose. Une directrice spirituelle est une personne formée pour diriger le cheminement spirituel des autres. Être aux prises intérieurement avec les questions les plus profondes et fondamentales de la vie peut entraver la  liberté personnelle, une caractéristique essentielle que doit avoir une bonne conseillère pour pouvoir aider celles qui ont été victimes d’abus.

4. Du temps pour se recueillir ensemble. Un moment, pas nécessairement long, doit être consacré chaque jour à se recueillir avec les autres membres du personnel dans la salle de méditation. Un moment non pas pour les commentaires ou les prières à haute voix, mais plutôt un temps de présence aux autres dans cet endroit sacré. Les collègues peuvent s’entraider de différentes manières, soit par des conférences, des réunions, le partage de ressources, etc. Dans des situations de détresse humaine extrême, la présence par la prière est une aide additionnelle prodigieuse. 

5. Journées de perfectionnement sur la spiritualité.  En plus de prendre le temps pour la prière personnelle et à la méditation en groupe dans un endroit sacré, les membres du personnel oeuvrant dans un milieu à risque gagnent beaucoup à se consulter sur des questions de  nature spirituelle. Ces journées de perfectionnement peuvent inclure l’apprentissage d’une variété de techniques et de pratiques de méditation et de réflexion, l’étude des effets de la spiritualité sur la guérison, l’étude des principales coutumes et croyances religieuses, non pas afin de devenir des experts en études religieuses, mais plutôt pour pouvoir apprécier les expériences rituelles des différentes religions. Une connaissance trop limitée des autres religions peut, par inadvertance, être la cause de maladresses au sujet des pratiques et des coutumes. Le personnel sera en contact avec des personnes de différentes religions. Même si les victimes ne pratiquaient plus leur religion, elles ont gardé tout de même les coutumes et les rituels au fond d’elles-mêmes. Leur foi peut devenir une source de réconfort pour les victimes si elles la retrouvent.

II. La formation spirituelle des victimes  

Toutes les conditions pour favoriser le développement spirituel qui sont mentionnées précédemment conviennent aux victimes aussi bien qu’au personnel. Il y a des besoins additionnels pour chaque catégorie qui sont propres aux victimes et aux clients.

1. Un endroit. La plupart des victimes d’abus sexuel et de trafic ne sont jamais laissées seules. Elles sont surveillées, enchaînées, enfermées ou « au travail » tout le long de la journée. C’est donc utile et même nécessaire pour elles d’avoir un endroit où l’on n’attend rien d’elles, un endroit où elles peuvent être seules, en paix et en sécurité. Elles doivent réapprendre ou apprendre pour la première fois à s’occuper d’elles-mêmes. Il leur faut pour cela un endroit propice à amorcer un cheminement intérieur de rétablissement et de découverte.

2. Le temps. Aucune heure fixe ne doit être imposée aux victimes. Cependant, elles doivent être encouragées à « perdre leur temps » à aller au fond d’elles-mêmes, à tisser de nouveaux liens avec Dieu ou à s’ouvrir à Lui pour la première fois, si elles le désirent. Pour quelques-unes, ces moments seront très difficiles. Il faut user de beaucoup d’ouverture et de sagesse pour suggérer cette pratique à des personnes qui ont tellement souffert. La guérison dépendra du travail intérieur accompli dans le silence. Ces femmes ont réussi à échapper à leurs prédateurs, mais elles ont besoin d’apprendre à ne pas se fuir elles-mêmes.

3. Une directrice spirituelle. La présence de cette personne dans le cheminement vers la guérison est cruciale. Son seul objectif est d’être attentive au cheminement spirituel de chaque victime. Une personne à l’écoute peut aider les victimes de l’abus sexuel à se libérer du sentiment d’avoir été abandonnées par Dieu. Elles ont souvent l’impression qu’elles sont punies pour leurs fautes. Cet obstacle doit être surmonté pour pouvoir guérir et c’est un obstacle spirituel.

4. Du temps pour se recueillir ensemble. Les survivantes de l’abus sexuel auront éventuellement besoin de discuter entre-elles de leur cheminement spirituel. Au début, elles pourront s’asseoir et partager ensemble ces moments de quiétude dans leur endroit sacré. Les mots viendront éventuellement et le seul endroit qui convient à ces échanges est leur endroit sacré. Ce type d’échange est très sérieux, d’où le besoin pour la directrice spirituelle de savoir quand et comment cela se déroule.                 

5. Journées de perfectionnement sur la spiritualité.  Pour les victimes, ces journées doivent être simples et pratiques. Par exemple, apprendre à décrire son expérience spirituelle dans son journal intime ou à utiliser le dessin comme moyen de prière. Les techniques de méditation peuvent leur être utiles. Si elles ont grandi dans une tradition religieuse particulière et souhaitent assister à des offices dans cette tradition, elles devraient pouvoir avoir les moyens de le faire. Elles n’ont pas besoin d’être initiées à diverses traditions religieuses. Ceci serait trop théorique pour elles à ce moment-ci de leur vie. Si elles sont trop en colère avec Dieu pour s’ouvrir à la foi, il ne faut pas insister. Tout comme les conseillers professionnels doivent enseigner aux individus à contrôler leur colère dans chaque aspect de leur vie, les conseillères spirituelles doivent enseigner aux victimes à contrôler leur colère envers Dieu et envers leur religion.          

La profession médicale, s’appuyant sur l’expérience, a  récemment admis que la foi joue un rôle important dans la guérison du corps. Les études sur le rétablissement des victimes du trafic sexuel sont trop récentes pour être concluantes, mais le potentiel existe pour une percée du spirituel. Qui peut expliquer pourquoi certaines personnes survivent et d’autres succombent, dans des circonstances équivalentes? La volonté de vivre, la lutte pour l’espoir, le refus de sombrer dans le désespoir, de se laisser aller définitivement à la douleur, sont les traits immatériels de l’aspect spirituel du rétablissement. Il faut accorder son attention à cet aspect pour venir au secours des femmes et des enfants.

LITANIES POUR CELLES QUI SOUFFRENT DE LA TRAITE DES PERSONNES

            Dieu, notre Père et notre Mère, tu nous as créées pour te louer et te glorifier pour toujours,

            Réponse : Ô Dieu très bon, relève les victimes du trafic des personnes.

            Jésus Christ, notre Frère et notre Amant, tu es parmi nous en tout temps,

            R.

            Esprit du Dieu Vivant, source de vie pour tes enfants. R.

            Marie, Mère du Christ et Mère de tous et toutes, R.

            Pour tous les enfants qui ont été forcés à l’esclavage sexuel, R.

            Pour tous les enfants qui sont forcés de travailler de longues heures dans des ateliers de misère, R.

            Pour toutes les femmes qui souffrent de l’abus physique et sexuel, R.

            Pour toutes les personnes enlevées avec violence à leur famille et à leur pays, R.

            Pour tous les pauvres qui n’ont aucun moyen d’échapper à la pauvreté, R.

            Pour les familles forcées d’envoyer leurs enfants au loin pour pouvoir les nourrir, R.

            Pour les enfants qui ont été arrachés à leurs familles, R.

            Pour les enfants qui ont été vendus par leurs familles, R.

            Pour les enfants qui sont forcés de participer à des films pornographiques, R.

            Pour toutes les victimes du trafic sexuel qui ont contacté des maladies transmises sexuellement, R.

            Pour le repos des âmes de toutes celles qui ont connu une mort tragique dans le monde de l’industrie du sexe                       commercial, b

            Pour le repos des âmes de toutes celles qui se sont enlevé la vie après avoir été abusées sexuellement, R.

            Pour la miséricorde divine envers les exploiteurs sexuels, R.

Dieu d’amour et de vie, ouvre nos coeurs à la souffrance de toutes nos soeurs et de tous nos frères qui souffrent de l’esclavage humain aujourd’hui. Donne-nous le courage et la sagesse de choisir la vie pour les plus misérables parmi nous. Sois avec nous quand tout semble sans espoir. Aide-nous à offrir notre présence aux autres quand tout semble sans espoir pour eux ou elles. Ô Dieu très bon, en nous aimant, montre-nous à nous aimer les uns les autres. Nous prions au nom de Jésus. Amen.

 

 

1 Polaris Project statistics; www.PolarisProject.org

2 Polaris Project, Human Trafficking, The Scourge of Modern-day Slavery.

3 Holsopple, Kelly, “Stripclubs According to Strippers”, in Making the Harm Visible, Hughes and Roche,  eds., 1999.

4Marinelli, Victoria, “Not Sex Work”, in Making the Harm Visible (Hughes and Roche, eds.), 1999.

5Raphael, Jody and Deborah Shapiro, Sisters Speak Out: The Lives and Needs of Prostituted Women in Chicago, Center for Impact Research, Chicago, 2002.

6 Burgess, Ann and Christine Grant, Children Traumatized in Sex Rings, National Center for Missing and Exploited Children, 1988.

7 Hughes, Donna M., Best Practices to Address the Demand Side of Sex Trafficking, 2004, p.2

8 Taylor and Quayle, Child Pornography, Hove and New York, p. 63

9 Lanning, Kenneth, Child Molesters: A Behavioral Analysis, 4th Edition, September 2001, National Center for Missing and Exploited Children.

10 Parker, Joe, How Prostitution Works, Portland, Oregon, 1998, p. 5.

11Lanning, Kenneth, Child Molesters: A Behavioral Analysis, National Center for Missing and Exploited Children, 2001, p. 23.

12 Hughes, Donna M., Best Practices to Address the Demand Side of Sex Trafficking, August, 2004.

13 Testimony of Trina Frundt, Polaris Project, before the Subcommittee on Domestic and International monetary Policy, Trade, and Technology Committee on Financial Services United States House of Representatives, April 29, 2005.

14 Kathleen Mitchell, Dignity House, “Phoenix Rising”, in Making the Harm Visible, Donna M. Hughes & Claire Roche (editors), 1999.

15 Christine Grussendorf, Surviving Sexual Slavery: Women in Search of Freedom, in Making the Harm Visible, Donna M. Hughes & Claire Roche (editors), 1999.

16 Mitchell, p.5.

17 Leighton, Jill, in Making the Harm Visible, Donna M. Hughes & Claire Roche (editors), 1999.

 

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