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De l’Ouvroir La Providence à l’Atelier La Girelle : Une affaire de cœur !

Denys Chouinard, archiviste retraité de la Congrégation de Notre-Dame

Sœur Annette Émond, CND, et une élève. 
Photo : sœur Lisette Drainville, CND.

Les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame (CND) sont réputées pour les multiples établissements scolaires qu’elles ont animés depuis plus de trois siècles. Leurs écoles et collèges, desservant à la fois les secteurs public et privé[1], ont permis et favorisent toujours l’éducation des jeunes filles. Mais on connaît moins leur contribution à l’éducation des femmes adultes.

L’ouvroir La Providence

Peu de temps après son arrivée à Ville-Marie, Marguerite Bourgeoys avait vite réalisé que bien des femmes qui n’étaient plus d’âge scolaire avaient tout de même besoin d’éducation. S’inspirant de la vision du co-fondateur de la Congrégation Notre-Dame en France, l’abbé Pierre Fourier, elle mit sur pied à Montréal une institution destinée à aider les femmes peu fortunées et qu’elle a appelée l’Ouvroir La Providence; en quelque sorte, elle ouvrit une école de métier.

Le succès fut à la mesure des attentes. En 1688, Mgr de Saint-Vallier, évêque de la Nouvelle-France, disait des Sœurs de la Congrégation : « elles ont établi une maison qu’elles appellent “La Providence”, dont elles ont la conduite, et où elles instruisent plus de vingt grandes filles qu’elles forment à tous les ouvrages de leur sexe, pour les mettre en état de gagner leur vie dans le service. »[1] L’intendant à cette époque, Jacques De Meulles, renchérissait : « J’ai trouvé à Villemarie, en l’île de Montréal, un établissement des sœurs de la Congrégation sous la conduite de la sœur Bourgeoys, qui fait grand bien à toute la colonie; et en outre un établissement de filles de la Providence qui travaillent toutes ensemble. »[2] C’était en quelque sorte une forme d’éducation des adultes susceptible d’aider les moins favorisées à se donner des revenus pour atteindre un niveau de vie convenable. Mère Bourgeoys avait été initié à cette solution en France et elle était on ne peut plus prête à l’appliquer au Nouveau Monde.

Malheureusement, on n’a pas de description de l’ouvroir de la Congrégation de Notre-Dame au 17e siècle, ni de présentation détaillée des activités qu’on y menait, encore moins d’illustration d’époque. On ne dispose donc que d’appréciations très générales et de jugements brefs. L’illustration ci-après de l’artiste Francis Back, dessin qui est une approximation, nous donne tout de même une certaine idée.

En 1730, à la Maison mère de la Congrégation de Notre-Dame, initiation de jeunes femmes à la confection de tissus.
Illustration créée par Francis Back, 2010.

Faute de compter sur des sources de première main, on peut toutefois se rabattre sur la tradition de la transmission des savoirs à la Congrégation de Notre-Dame. Depuis les tout débuts, les sœurs de la Congrégation communiquent de génération en génération la philosophie de Mère Bourgeoys, sa vision, ses objectifs, ses stratégies. D’une religieuse à l’autre, on se transmet l’expertise pour faire en sorte que la très longue chaîne des institutions ne se brise pas. Il est donc permis de penser que de nos jours, un endroit comme l’Atelier La Girelle à Montréal, à l’intention des femmes adultes, reflète encore l’esprit et les activités qui se déroulaient à La Providence à Ville-Marie.

L’Atelier La Girelle[3]

L’Atelier a été créé il y a une quinzaine d’années à l’intention de toutes les femmes, quelles qu’elles soient, intéressées par le tissage, la poterie ou la peinture sur porcelaine. Il a d’abord logé au 7400 du boulevard Saint-Laurent à l’intersection de la rue de Castelneau. Il a ensuite déménagé dans l’arrondissement Saint-Laurent à Montréal sur la rue Barré où il se trouve aujourd’hui. Il est tout à fait à sa place, pourrait-on dire, puisqu’à proximité, sur le boulevard de la Côte-Vertu, se trouvent les bureaux administratifs d’une commission scolaire; comme par hasard, il s’agit de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys !

L’atelier est animé par ses deux fondatrices, sœur Annette Émond, CND, et sœur Lisette Drainville, CND. Depuis toujours, les filles de Mère Bourgeoys sont souvent envoyées par deux, à l’exemple des apôtres. On leur demande d’être présentes dans le quartier, plus particulièrement d’être filles de paroisse, à l’écoute des besoins des fidèles, à leur service.

C’est le cas à La Girelle où les deux animatrices font de leur mission une affaire de cœur. Pour avoir passé un après-midi complet avec elles à visiter les installations et à me faire expliquer le mode de fonctionnement, j’ai été en mesure de comprendre leur méthode et d’imaginer, même à trois siècles de distance, comment Marguerite Bourgeoys et ses premières compagnes fonctionnaient.

L’accueil est éminemment sympathique, on est à l’écoute de l’autre, attentif à ses commentaires, à ses questions. L’endroit est chaleureux, décoré en toute simplicité, d’une propreté impeccable, organisé pour favoriser la concentration. Ici on ne se disperse pas, on fait le focus sur les apprentissages, sur la création, sur les réalisations. Chaque personne est invitée à apprendre et à produire. Avec empathie, on fait en sorte que le chemin vers la connaissance soit le plus facile possible; on encourage, on stimule, on suscite l’éveil. Il se dégage une atmosphère sans stress, mais où l’on s’implique sérieusement. Que ce soit pour le tissage, la poterie, la peinture sur porcelaine, tous les instruments qui sont sur place, en excellent état, dans une salle lumineuse, sont prêts à servir de moyens de valorisation, d’estime de soi, de fierté. Et à en juger par les œuvres mises en vedette aux quatre coins de cet ouvroir des temps modernes, ça fonctionne.

Dans le tourbillon de leurs vies personnelles, les élèves de l’Atelier font abstraction de leurs préoccupations de tous les jours. Le nombre de personnes accueillies à la fois n’est jamais élevé afin de faire en sorte que la rencontre soit la plus fructueuse possible, que l’élève réalise l’importance qu’on lui accorde. Mais celles qui s’y sentent si bien qu’elles voudraient s’y installer à demeure ne peuvent le faire. L’endroit est un lieu de passage où l’on y prend ce qu’il faut pour poursuivre sa route, laissant à d’autres la chance d’en tirer profit à leur tour.

Conclusion

L’œuvre de Marguerite Bourgeoys et de ses filles est à la fois universelle, réalisée aux quatre coins du monde, et intemporelle, en marche depuis les années 1600 et se poursuivant fébrilement au XXIe siècle; la foi de ces travailleuses de l’éducation ne connaît pas de limites ! L’Atelier La Girelle et ses deux animatrices, à leur façon et selon leurs moyens, participent aux objectifs d’humanité de Mère Bourgeoys et de la Congrégation de Notre-Dame. Il y a lieu de les saluer.

 

Pour s’inscrire aux cours, consulter le site internet : http://ateliergirelle.org/

 

[1] http://www.archivesvirtuelles-cnd.org/albumdesecoles/presentation

[2] Sœur Patricia Simpson, CND. Marguerite Bourgeoys et la Congrégation de Notre-Dame, 1665-1700. Montréal et Kingston, McGill–Queen’s University Press, 2007, p. 119.

[3] Idem, p. 121.

[4] Girelle : terme de potier. Le haut de l'arbre de la roue, dit aussi tête de roue, sur lequel on place le morceau de terre glaise pour en faire un vase. Dictionnaire Littré.


 

 

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