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1900-1960 : Franchir les anciennes frontières

Premier collège classique féminin au Québec

Tout au long du dix-neuvième siècle, les sœurs de la Congrégation travaillent afin de développer et d’étoffer le programme d’études destiné à leurs étudiantes. Au début du vingtième siècle, elles vont s’engager activement, sous la conduite de sœur Sainte-Anne-Marie, dans la lutte pour l’accès des femmes aux études supérieures et aux cours universitaires, jusque-là fermés aux jeunes filles. Leur premières démarches en ce sens se soldent par un échec, mais en 1908, le premier collège classique féminin au Québec, l’École d’enseignement supérieur, ouvre ses portes dans la Maison mère que l’on venait de construire au 3040 Sherbrooke Ouest. Le nouvel établissement offre des programmes, des examens et des diplômes en provenance de l’Université Laval. Il « permet aux filles d’obtenir un baccalauréat à la suite de quatre ans de cours classique. Cette institution […] sera la seule à offrir ce cours pour étudiantes pendant près de 25 ans72. »

Établissement bilingue (la section anglophone porte le nom de Notre Dame Ladies College) comprenant trois secteurs : arts, sciences et commerce73, l’École d’enseignement supérieur grandit si rapidement qu’elle doit quitter la Maison mère pour s’installer, en 1926, dans un nouvel édifice situé sur l’avenue Westmount où elle prend le nom de collège Marguerite-Bourgeoys. La section anglaise se sépare pour former le Marianopolis College tandis que la section commerciale reste à la Maison mère sous le nom de Notre Dame Secretarial School74. D’autres collèges pour jeunes filles voient aussi le jour au cours de cette période : le Notre Dame College à State Island (New York) en 1931 et le Notre Dame College d’Ottawa en 193275.

Perfectionnement professionnel des enseignantes

Dans la foulée de son engagement dans la lutte pour favoriser l’accès des femmes aux études supérieures, la Congrégation entreprend d’aider les enseignantes, religieuses et laïques, à parfaire leur formation et à obtenir des diplômes supérieurs. En 1916, sous l’impulsion de sœur Sainte-Anne-Marie, on inaugure à la Maison mère la série des « Conférences pédagogiques du samedi », une initiative subventionnée en partie par la Commission des écoles catholiques de Montréal. En 1917, l’Université Laval reconnaît un cours de trois années de conférences du samedi et adopte une réglementation pour un programme menant à un diplôme. « Près de trois cents enseignantes s’inscrivirent et, en 1920, soixante-dix terminaient les deux années du programme et recevaient le Certificat de compétence pédagogique. En 1921, quatre cent soixante enseignantes reçurent le certificat et quatre-vingt-neuf complétèrent le programme de trois ans pour décrocher un Diplôme supérieur76. » Cette réussite persuade alors le gouvernement du Québec d’adopter une loi sur les Instituts pédagogiques et les Écoles normales supérieures77.

En 1926, « après des années de démarche », sœur Sainte-Anne Marie ouvre dans le nouvel édifice qui abrite également le collège Marguerite-Bourgeoys, « l’Institut pédagogique de Montréal, où des centaines d’enseignantes ont pu aller se perfectionner jusqu’au milieu des années 196078. » Affilié à l’Université de Montréal, l’Institut permettait d’obtenir un diplôme supérieur en pédagogie pour le primaire ainsi que le baccalauréat, la maîtrise et le doctorat en pédagogie. Affiliée elle aussi à l’Université de Montréal, l’École normale de musique voit le jour en 1926. « Partie intégrante de l’Institut […] elle offrait des programmes menant au certificat et à divers grades, notamment au doctorat en enseignement de la musique79. »

Tradition et innovation

Au début du vingtième siècle, Montréal est une ville très animée qui compte 270 000 habitants. Ses secteurs économique et financier font preuve de prospérité. Son secteur industriel est en plein essor. En 1905-1906, Montréal ne compte que trois écoles commerciales alors que le besoin de personnel administratif qualifié se fait de plus en plus sentir. D’autre part, les jeunes filles n’ont souvent pas d’autre choix que de travailler dans des usines où elles sont mal payées et exploitées. Pour remédier à cette situation, la Congrégation ouvre un premier cours commercial à Pointe-Saint-Charles en 1907. Peu après, en 1909, l’École d’enseignement supérieur invite cette « classe commerciale » à venir s’y installer80.

Dès son ouverture, la section commerciale de l’École d’enseignement supérieur obtient un grand succès. Outre la dactylographie, on y enseigne la tenue de livres, les pratiques commerciales, la banque, la correspondance d’affaires, la calligraphie, la géographie commerciale, la sténographie, l’indexage, la copie de lettres, la multiplication de documents par stencil et le classement du courrier. La réputation de l’école grandit, et les entreprises montréalaises ne tardent pas à offrir aux élèves de la « Maison mère », comme on l’appelait, des postes intéressants et bien rémunérés81.

Depuis l’époque où Marguerite Bourgeoys et ses compagnes initiaient les Filles du Roy aux savoir-faire nécessaires pour bien remplir leur rôle d’épouse et de mère, la Congrégation a été fidèle à sa tradition d’enseigner aux femmes à tenir maison. Les « arts ménagers » maintenant reconnus comme secteurs d’études, la Congrégation fonde en 1905 à Saint-Paul de Kamouraska un institut d’économie domestique qui, en 1913, devient l’École normale classico-ménagère. L’Université Laval y instaure son École supérieure de sciences domestiques, en 1941, avant de la transplanter à Québec en 194782.

Une section d’économie domestique vient s’ajouter au programme de l’École d’enseignement supérieur en 1914, et à l’Institut pédagogique à partir de 1926. Puis, en 1932, la Congrégation ouvre l’École supérieure des arts et métiers à Montréal. « La Congrégation s’engagea aussi dans les écoles régionales d’économie domestique de Saint-Pascal à compter de 1939 et de Sainte-Marie-de-Beauce à compter de 1944, ainsi que dans plusieurs écoles d’arts ménagers en milieu rural83. »

Au Mount Saint Bernard en Nouvelle-Écosse, la Congrégation établit un programme de quatre ans qui conduit à un baccalauréat en économie domestique reconnu par l’Université St. Francis Xavier en 1928. La reconnaissance subséquente de l’Association canadienne de diététique permettra aux diplômées avec une majeure en nutrition et alimentaire de faire des études de deuxième cycle en diététique. Ainsi, les « diplômées du programme d’économie domestique allaient pouvoir occuper des postes d’enseignement dans les écoles secondaires, les universités et les agences gouvernementales, au niveau national et international84. »

Nouvelle mission au Japon

En 1932, en réponse à l’appel d’un évêque canadien responsable de l’Église catholique dans le district de Tohoku au Japon, la Congrégation accepte d’aller établir une mission à Fukushima, une petite ville agricole située à 240 kilomètres au nord-est de Tokyo. Même si elles ne peuvent guère communiquer avec la population locale, elles sont accueillies avec chaleur et se font proches des femmes du pays. « Étrangères, il leur était difficile d’obtenir les autorisations officielles [pour ouvrir une école], mais, en 1936, elles purent ouvrir un dispensaire à Fukushima et, en 1938, une maternelle. Elles enseignaient aussi le catéchisme et donnaient des leçons privées de français, d’anglais et de musique à Hachinoche ainsi qu’à Fukushima. D’autres sœurs arrivèrent du Canada et des Japonaises commencèrent à entrer au noviciat, le premier qu’on eût ouvert à l’extérieur de Montréal85. »

En décembre 1941, la guerre éclate entre le Japon et les Alliés occidentaux. L’armée japonaise confisque le couvent de Fukushima, le convertissant en camp d’internement pour les civils prisonniers de guerre. Quelques sœurs canadiennes retournent au Canada tandis que d’autres sont assignées à résidence et envoyées dans la région d’Aizu, dans l’arrière-pays de la préfecture de Fukushima. Réduites à vivre dans la pauvreté et la peur, elles doivent leur survie à la loyauté et à la sollicitude de trois novices japonaises86.

En 1945, après la guerre, maintenant libres, les sœurs canadiennes retournent à Fukushima où elles adoptent dix-neuf orphelines de guerre. L’année suivante, elles ouvrent une école primaire qu’elles placent sous le vocable de -Sakura no Seibo, Notre-Dame-desCerisiers87. Aujourd’hui les établissements de la Congrégation au Japon comprennent : une maternelle, une école primaire, une école secondaire et un collège offrant un programme de deux ans à Fukushima; une maternelle et une résidence pour filles à Tokyo; une école primaire, une école secondaire de premier cycle et une école secondaire de deuxième cycle à Kita-Kyushu. On compte actuellement au Japon soixante-dix sœurs de la CND, incluant sept sœurs canadiennes, engagées dans des activités éducatives et apostoliques88.

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