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Fin d'un régime et défis du nouveau

1701-1763 : Fin du Régime français

Si une grande partie du 17e siècle avait souvent vu les habitants de Ville-Marie en armes, le dix-huitième siècle semblait annoncer la promesse d’une paix durable. En effet, en 1701, le traité de la Grande Paix de Montréal est signé par Louis-Hector de Callière, représentant la France et par une quarantaine de nations amérindiennes. Ce traité mettait fin aux guerres opposant les Iroquois, alliés aux Anglais, et les Hurons, alliés aux Français31. Toutefois, cette promesse ne se concrétise pas. En 1702, la guerre de la Succession d’Espagne entraîne de nouveau la Nouvelle-France dans un conflit. Le traité d’Utrecht, qui met fin à la guerre en 1713-1714, oblige la France à céder à l’Angleterre l’Acadie, Terre-Neuve et les postes de traite du Nord brigués par la Compagnie de la Baie d’Hudson. Cela met en péril les communications de la Nouvelle-France avec la mère patrie et affaiblit la croissance du commerce des fourrures32.

Les trente prochaines années connaîtront une paix assez stable. La traite des fourrures demeure la plus importante richesse de la colonie, mais l’intendant Gilles Hocquart promeut le développement de chantiers navals, l’industrie du bois et de la pêche et la fabrication sur place des produits dont a besoin la colonie. Au cours de ces années, l’augmentation de la population va bon train, passant de moins de 19 000 habitants à plus de 50 000 habitants en 1744, une croissance toutefois beaucoup moins élevée que celle des colonies anglaises. La population de New York en expansion (à elle seule est supérieure à celle de la Nouvelle-France tout entière), voit d’un mauvais œil les ambitions territoriales de la France dans le Nouveau Monde. Les fourrures suscitent des conflits toujours plus nombreux dans ce qu’on appelle aujourd’hui le Midwest américain33.

Favorisée par un taux de mortalité infantile très faible, la croissance rapide de la population française dans la vallée du Saint-Laurent entraîne un nombre plus élevé d’enfants, et donc un plus grand besoin d’enseignantes. La Congrégation augmente son effectif pour répondre à cette demande jusqu’à ce qu’en 1747, Monseigneur de Pontbriand lui impose une limite de quatre-vingts membres. On agrandit la Maison mère de Montréal, principalement par la construction du pensionnat Notre-Dame-des-Anges. On ouvre des missions à Pointe-aux-Trembles de Québec en 1715, à Louisbourg sur l’île du Cap-Breton en 1727 et à Saint-Laurent (Montréal) en 172734.

La fin des années 1740 verra le pays s’engager de plus en plus dans les affrontements qui conduiront à la guerre de Sept Ans (1754-1760). En 1745, la milice de la Nouvelle-Angleterre, soutenue par une escadre de la marine anglaise, prend la forteresse de Louisbourg. Les sœurs, leurs élèves et leurs familles sont déportées en France. La forteresse étant restituée à la France en 1748, les sœurs déportées retournent à Louisbourg où elles trouvent leur maison en ruines. En 1758, Louisbourg tombe de nouveau aux mains des Anglais et les sœurs, leurs élèves et leurs familles sont de nouveau déportées en France. Elles continueront d’enseigner à leurs élèves, logées dans un orphelinat à La Rochelle. Aucune des sœurs déportées ne reverra son pays natal (le Canada)35.

En 1759, les Britanniques prennent Québec à la suite de la bataille des Plaines d’Abraham. En 1760, Montréal capitule devant l’armée britannique. En 1763, marquant la fin de la guerre de Sept Ans, le traité de Paris est signé : l’Angleterre prend officiellement possession de la Nouvelle-France; la Proclamation royale est adoptée et la majeure partie du territoire de la Nouvelle-France devient une colonie qui prend le nom de « Province of Quebec »36. « Comme leurs familles, leurs élèves et le reste de leurs contemporains, les sœurs de la congrégation […] doivent maintenant affronter les incertitudes et les adaptations qu’impose la vie sous un nouveaurégime37 ».

Début du régime britannique

Les mois qui suivent immédiatement la signature du traité de Paris voient partir les administrateurs coloniaux et militaires français, plusieurs familles importantes. À la suite de l’installation du gouvernement militaire britannique, des marchands, des spéculateurs fonciers et des colons venus des colonies américaines et de Grande-Bretagne font leur entrée38. Désireux de s’assurer la fidélité de leurs nouveaux sujets dans la colonie devenue la province de Québec, les Britanniques adoptent en 1774 l’Acte de Québec qui permet aux Canadiens français de garder leur langue, leur religion catholique et leurs lois civiles françaises, suspendues au moment de la Conquête39. Cette loi repousse aussi les frontières de la province de Québec, grandement réduites par la Proclamation royale de 1763 pour inclure, à l’est, le Labrador, l’île d’Anticosti et les îles de la Madeleine, et à l’ouest, le territoire des Autochtones au sud des Grands Lacs, entre le fleuve Mississipi et la rivière Ohio40.

Grâce à l’acquisition du territoire autochtone, le Québec peut reprendre la pêche et surtout la lucrative traite des fourrures. Cette expansion territoriale du Québec indispose fortement les colonies américaines qui considèrent avoir un droit sur ce territoire. La colère suscitée par la politique impériale britannique sera l’un des facteurs déterminants de la Révolution américaine41. Avec la Révolution américaine, la guerre revient dans l’ex-Nouvelle-France. Montréal capitule, mais Québec résiste aux assauts américains. En réaction à la victoire des indépendantistes américains, environ 50 000 Loyalistes, des colons américains restés fidèles au roi d’Angleterre, arrivent dans la province de Québec. Contrariés par les privilèges que l’Acte de Québec accorde à la population de langue française, ils soumettent l’administration britannique à une pression qui amènera le remplacement de l’Acte de Québec par l’Acte constitutionnel de 1791 qui donne naissance au Haut-Canada et au Bas-Canada42.

Sur le plan de l’économie, la Compagnie du Nord-Ouest, voit le jour en 1783. Cette société, qui a son siège social à Montréal, va rivaliser avantageusement avec la Compagnie de la Baie d’Hudson au nord et le commerce américain au sud, concourant ainsi à établir Montréal comme foyer économique du nouveau pays qu’allait devenir l’ex-Nouvelle-France sous le régime britannique43.

Redressement de la Congrégation

En plus de la perte de Louisbourg, les sœurs voient leurs maisons de Québec et de Château-Richer incendiées lors du siège de Québec et leur maison de Pointe-aux-Trembles de Québec (aujourd’hui Neuville) réquisitionnée par l’armée. Toutefois, elles n’attendent pas la signature du traité de paix pour se mettre à la tâche de la reconstruction. En 1761, elles peuvent de nouveau occuper la maison de Pointe-aux-Trembles qui leur a été rendue. Elles se remettent au travail à Sainte-Famille de l’île d’Orléans, mais ne retournent pas à Château-Richer. Elles ouvrent plutôt une mission à Saint-François de la Rivière-du-sud en 176344.

En comparaison de la région de Québec, Montréal est relativement épargnée par la guerre. Apparemment, une rencontre imprévue en 1760 entre le général Jeffrey Amherst et deux sœurs de la Congrégation aurait été le début de relations chaleureuses avec le nouveau régime. Toutefois, « comme leurs concitoyens, les sœurs connaissent les privations et la pauvreté provoquées par la dévaluation massive de la devise et par la perte du revenu qui venait de France45. » La destruction de leur Maison mère pour la deuxième fois en 1768 rend la situation encore plus difficile. Aidées par les Sulpiciens et d’autres bienfaiteurs, elles réussissent à reconstruire leur maison et la chapelle de Notre-Dame-des-victoires46.

Au cours des années 1780, elles doivent se résoudre à fermer les missions de Lachine et de Champlain, mais elles en ouvrent d’autres, à Saint-Denis en 1783 et à Pointe-Claire en 1784. En 1769, elles avaient conclu l’achat de l’île Saint-Paul (aujourd’hui l’Île-des-Sœurs). Les fermes qu’elles y établissent vont permettre de faire vivre la Congrégation jusqu’au milieu du 20e siècle47.

Préservation de la foi catholique

À la suite de la Conquête, la politique du gouvernement britannique en matière de religion était d’implanter l’anglicanisme, religion officielle de l’État, et de faire en sorte que la population adopte peu à peu la religion protestante en favorisant la création d’écoles protestantes. Pour y arriver, on prévoit la création d’écoles protestantes dans chaque comté. Toutefois, James Murray, le premier gouverneur de la province de Québec de 1762 à 1766, et son successeur, Guy Carleton, font preuve de tolérance envers l’Église catholique, même si un grand nombre des nouveaux arrivants au Québec ne partagent pas ces sentiments bienveillants envers la majorité francophone et catholique48.

Mais un autre danger guette l’Église catholique dans la nouvelle colonie britannique. En effet, Mgr Plessis étant mort peu avant la conquête et, l’autorité papale n’étant pas reconnue par le régime britannique, on ne peut procéder à la nomination d’un évêque et, conséquemment, à des ordinations sacerdotales. Grâce à Murray, Londres finit par permettre l’élection d’un évêque, Mgr Jean-Olivier Briand, en 1776, mais la pénurie de prêtres va se poursuivre49.

Les politiques de tolérance des gouverneurs Murray et Carleton envers la population canadienne-française guideront l’élaboration de l’Acte de Québec qui accordera la liberté religieuse en 1774. Cependant, l’état des choses reste incertain. Le travail d’enseignantes comme les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame jouera un rôle fondamental dans le maintien des écoles et la survie du catholicisme50.

Suite - 1800-1849 : Défis du nouveau siècle
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