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Naissance de la Congrégation

Une école pour Montréal

La Société de Notre-Dame de Montréal avait prévu l’ouverture d’une école pour les enfants des colons et des Amérindiens. Ayant eu vent du projet grâce à Louise de Chomedey, sœur de Paul de Chomedey de Maisonneuve, fondateur de Montréal, les sœurs de la Congrégation Notre-Dame de Troyes souhaitaient ardemment être chargées de l’enseignement comme les Ursulines à Québec. Lorsque Maisonneuve rend visite à sa sœur en 1652 lors de son voyage en France pour y chercher des recrues, les religieuses le pressent de leur permettre de l’accompagner. Il refuse en disant que la vie est trop difficile dans la nouvelle colonie pour y ouvrir un couvent de sœurs cloîtrées. Incapables de le faire changer d’avis, elles lui demandent alors d’amener avec lui une enseignante laïque, Marguerite Bourgeoys8. Il accepte, mais elle n’aura aucune compagne. Celle-ci est alors à l’aube de la trentaine et préfète de la congrégation externe qui sous sa direction est passée à plus de quatre cents jeunes femmes.

Accepter l’invitation de Maisonneuve est une décision d’autant plus difficile à prendre qu’elle entraîne peut-être l’abandon de son projet « de former une communauté pour honorer la vie que la Sainte Vierge a menée étant sur terre9 ». Son directeur spirituel l’encourage en lui disant que « ce que Dieu n’avait pas voulu à Troyes, Il le voudrait peut-être à Montréal10. »

La Grande Recrue de 1653 

Le groupe dont fait partie Marguerite Bourgeoys lorsqu’elle arrive à Québec en septembre 1653 est passé à l’histoire sous le nom de « Grande Recrue de 1653 ». Il s’agit d’une centaine d’hommes et d’une douzaine de femmes qui ont été recrutés par Maisonneuve pour venir s’établir à Ville-Marie que son faible effectif et les attaques iroquoises répétées menacent de disparition. L’arrivée des nouveaux colons accompagnés de Marguerite à la mi-novembre sauve littéralement le fragile avant-poste. En effet, cette « recrue [était] assez puissante pour que les historiens considèrent l’arrivée de ces renforts comme la seconde fondation de la ville11 ».

Les premières années

Marguerite découvre à son arrivée que, sous la menace iroquoise, la plupart des habitants ont été contraints de se réfugier dans le fort. Elle devra y vivre pendant plus de quatre ans12.

Pendant les cinq premières années, comme le nombre d’enfants d’âge scolaire est trop faible pour ouvrir une école, Marguerite ira de maison en maison, enseignant gratuitement aux enfants et aux femmes, les consolant et leur apportant des nouvelles importantes concernant la colonie13. En plus de partager les joies et les peines des colons, elle tient le ménage de Maisonneuve, aide Jeanne Mance à l’Hôtel-Dieu et agit comme sacristine de la chapelle du fort14.  

Maisonneuve lui donne aussi le mandat de redresser la croix sur le mont Royal renversée par les Iroquois. Cette croix érigée en 1642 était devenue un lieu de pèlerinage où les Montréalais allaient prier. Toutefois, en 1655, il était devenu trop périlleux de s’y aventurer, et Marguerite Bourgeoys entreprend de faire construire une chapelle de pèlerinage dédiée à la Sainte Vierge sur les bords du Saint-Laurent, en aval du fort.

Ayant obtenu l’autorisation ecclésiastique et avec l’aide de Maisonneuve et des colons, elle réunit assez de matériaux pour construire la chapelle à laquelle on a donné le nom de Notre-Dame-de-Bon-Secours, et les fondations sont posées. Toutefois, en 1657, les travaux doivent être interrompus à cause d’un changement de juridiction ecclésiastique, et la chapelle demeurera inachevée pendant vingt ans. Une fois terminée, ce sera la première église de pierre de Montréal15.

L'école-étable

Le 30 avril 1658, le nombre d’enfants d’âge scolaire le permettant enfin, Marguerite Bourgeoys ouvre la première école de Montréal − la première école publique (gratuite) dans une étable en pierre abandonnée que Paul de Chomedey de Maisonneuve lui avait cédée. L’édifice − qui deviendra le berceau d’une nouvelle forme de communauté − est situé sur la commune, à mi-chemin entre le fort et le site de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours16.

L’acte rédigé par Maisonneuve précise que la bâtisse devra « servir de classe pour les petites filles de la colonie et de logement pour les femmes qui y enseigneront17 ». Il restait donc à Marguerite à trouver les collaboratrices à son œuvre d’éducation, des femmes décidées à imiter la vie de Marie. Quelques mois plus tard, le 16 octobre 1658, Marguerite Bourgeoys s’embarque pour la France en compagnie de Jeanne Mance.

C’est dans la congrégation externe qu’elle a dirigée avant son départ qu’elle trouve des femmes qui acceptent de s’engager dans la « folle aventure » : Catherine Crolo, Edmée Chastel, Marie Raisin et Anne Hioux. Le navire qui amène Marguerite et ses compagnes en Nouvelle-France largue les amarres le 2 juillet 1659. Pour Marguerite, « ce voyage marque la naissance de sa Congrégation, le moment où ses membres, comme Marie, partent porter le Christ là où le besoin les appelle. Elle et ses filles font communauté pour la première fois. Et elles le font, comme il se doit, au milieu des gens qu’elles espèrent servir et non en formant un groupe à l’écart18. »

Pour le bien des femmes et des familles

Soutenir et éduquer les femmes constitueront des éléments essentiels de l’œuvre de Marguerite Bourgeoys et de ses compagnes. C’est ainsi qu’elles vont s’occuper des Filles du Roy, ces 800 jeunes femmes dotées par Louis XIV qui, entre 1663 et 1673 affrontent les périls de la traversée de l’Atlantique pour venir s’établir en Nouvelle-France et y fonder des familles.

Convaincue de leur importance pour l’avenir de la jeune colonie, Marguerite Bourgeoys prend en charge celles qui sont destinées à Montréal. Elle va les accueillir elle-même au bord de l’eau et vit avec elles dans une maison qu’elle a fait spécialement aménager pour les recevoir. Pendant la dizaine d’années où des contingents de Filles du Roy arrivent ainsi à Montréal, Marguerite Bourgeoys et ses collaboratrices leur offrent l’hospitalité, les préparent à leur nouveau rôle et les initient aux connaissances et aux savoir-faire qui leur permettront de survivre et de gagner leur vie honorablement dans les conditions difficiles de l’époque19.

Une congrégation sans frontières

Les autorités civiles et religieuses ont vite fait de reconnaître à sa juste valeur l’utilité de ce petit groupe de femmes qui ne sont pas cloîtrées pour mieux aller « partout où la charité ou la nécessité avaient besoin de secours » et offrir l’hospitalité aux personnes dans le besoin. En 1667, lors d’une visite à Montréal du gouverneur et de l’intendant, une assemblée de colons vote à l’unanimité son appui à la demande de lettres patentes pour la Congrégation. Deux ans plus tard, en 1669, Monseigneur de Laval autorise les membres de la Congrégation à enseigner partout dans son diocèse, qui s’étendait de la Baie d’Hudson au Golfe du Mexique20. En 1670, Marguerite Bourgeoys effectue un nouveau voyage en France. Elle revient en 1672 avec de nouvelles compagnes ainsi qu’avec les lettres patentes signées par le roi Louis XIV à Dunkerque, en mai 167121.

Vers la fin des années 1670, des Nord-Américaines – amérindiennes et françaises – entrent pour la première fois à la Congrégation. La guerre qui embrase la colonie dans les années 1690 amène aussi à la Congrégation des femmes d’ascendance anglaise : capturées par les alliés autochtones des Français et conduites à Montréal, elles décident d’y rester.

En 1676, Monseigneur de Laval accorde sa première autorisation canonique à la Congrégation. En 1698, après un combat acharné pour maintenir le caractère non cloîtré de la nouvelle communauté religieuse, la règle de la Congrégation est approuvée canoniquement, et ses membres font profession publique pour la première fois22.

Prêtes à partir partout où on les enverra

Le statut non cloîtré de Marguerite Bourgeoys et de ses compagnes leur permet non seulement d’offrir l’hospitalité, mais aussi de commencer dès le début des années 1660 des « missions ambulantes23 ». Comme la population de la Nouvelle-France est peu dense et dispersée, les membres de la Congrégation entreprennent de se rendre dans les régions les plus éloignées. Elles y séjournent quelques semaines afin de préparer les jeunes à leur première communion, vers l’âge de douze ou treize ans. À cette époque, cette cérémonie constituait un rite de passage à la vie adulte. L’enseignement religieux prodigué par les sœurs était parfois le seul que les jeunes recevraient24.

En 1676, la Congrégation ouvre sa première mission permanente dans la mission de la Montagne, un établissement destiné aux Amérindiens fondé par les Sulpiciens. Les deux sœurs qui enseignent aux jeunes Amérindiennes, Anne Meyrand et Catherine Boni, vivent d’abord dans des conditions très difficiles dans une cabane d’écorce. Plus tard elles habiteront dans l’une des deux tours en pierre que l’on peut toujours voir rue Sherbrooke Ouest, à proximité de l’avenue Atwater. Peu après, deux femmes d’ascendance amérindienne feront leur entrée dans la Congrégation : Marie-Thérèse Gannensagouas et Marie-Barbe Atontinon25.

La même année, la première mission permanente en dehors de l’île de Montréal est ouverte à Champlain; Marie Raisin en est la première enseignante26. Au fil des années suivantes, la Congrégation ouvre des écoles permanentes à Pointe-aux-Trembles, à l’île d’Orléans, à Québec, à Château-Richer. Apparemment, une sœur de la Congrégation se serait même rendue à Port-Royal, aujourd’hui en Nouvelle-Écosse. Les sœurs ouvrent aussi une école de métiers où elles enseignent aux femmes pauvres les techniques utiles pour gagner leur vie. Comme la Congrégation survient à ses propres besoins, elle peut ainsi offrir ses services gratuitement, ce qui plaît beaucoup aux autorités de la colonie27.

Le projet éducatif de Marguerite Bourgeoys et de la Congrégation de Notre-Dame

Par son engagement à la Congrégation Notre-Dame de Troyes, Marguerite Bourgeoys s’était impliquée dans les courants pédagogiques avant-gardistes de son époque. Comme Pierre Fourier et Alix Le Clerc, elle considère que l’éducation est un élément essentiel de l’œuvre de construction d’une société plus juste.

Le premier objectif pédagogique de Marguerite Bourgeoys et de la Congrégation de Notre-Dame est de transmettre la foi et les valeurs chrétiennes, ce qui revient à « aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même28. » Les enfants recevront donc enseignement religieux et moral. Toutefois, cet enseignement sera aussi pratique, car tout comme Fourier, Marguerite désire que ses élèves soient en mesure de subvenir à leurs propres besoins et de gagner leur vie par l’exercice d’un travail rémunéré. On enseignera donc la lecture, l’écriture, l’arithmétique ainsi : « qu’à cuisiner et faire des conserves, coudre, repriser, confectionner des robes, faire de l’artisanat, soigner les animaux, tenir les comptes et planifier pour l’avenir29. »

Les sœurs de la Congrégation enseignaient ce qu’on appelait à cette époque la « civilité », ce qui comprenait « non seulement l’art de la conversation et les bonnes manières mais, plus généralement, l’art de se comporter en société de façon à pouvoir y prendre sa place à la fois dans la dignité et le respect d’autrui30. »

Suite - Fin d'un régime et défis du nouveau
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