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Paul Chomedey de Maisonneuve, « l’oublié » de l’histoire

Stéphanie Manseau

Photo: Sœur Danielle Dubois, sœur Agnes Campbell, sœur Ercilia Janeth Ferrera Erazo, monsieur Gilles Proulx, sœur Sophie Christine Mbougoum, madame Brigitte Quintal, madame Stéphanie Manseau

Le 29 juin dernier se tenait au Musée Pointe-à-Callière une journée de conférence sur le thème « Montréal se souvient… de son fondateur, Paul de Chomedey de Maisonneuve ». L’évènement organisé par le Centre le Pèlerin dans le cadre de la série « Rêver Montréal » rassemblait quatre conférenciers qui ont su présenter des facettes complémentaires du fondateur de Ville-Marie, dont le nom est partout mais qui, lui-même, demeure très méconnu du grand public.

Dès l’ouverture de la rencontre madame Brigitte Quintal, du Centre Le Pèlerin, exprimait le souhait que soit rapatriée à Montréal la dépouille de Maisonneuve, dont on croit savoir qu’elle se trouve sous une école du 5e arrondissement à Paris. Ce souhait fut repris par monsieur Gilles Proulx, président d’honneur de la journée et parrain désigné de Paul de Chomedey de Maisonneuve, qui suggérait même qu‘on rapatrie son « filleul » chez les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame!

C’est monsieur Proulx qui a surnommé de Maisonneuve « le grand oublié » de l’histoire de Montréal. Rappelant le rêve fondateur du « vivre-ensemble » de Jérôme Le Royer de la Dauversière, rêve que s’est appliqué à réaliser Paul de Chomedey, monsieur Proulx s’est attardé aux conséquences géopolitiques qui n’ont pas permis sa concrétisation, qu’il s’agisse des guerres entre les Iroquois et les Hurons, de l’opposition de monsieur Huot de Montmagny ou des visées des gens d’affaires plus soucieux de développer le commerce que la colonie de peuplement. Il a su également mettre en lumière le rôle et l’influence de Louise de Chomedey pour expliquer le zèle fondateur de son frère Paul. Le beau rêve que partageaient Jérôme Le Royer et Louise de Chomedey, il fallait un homme de terrain, à l’esprit pragmatique – bref, un militaire! pour le réaliser. Paul de Maisonneuve n’était pas seul dans son entreprise, et monsieur Proulx l’a bien mentionné, nommant au passage Jeanne Mance, madame de Bullion, Marguerite Bourgeoys, Pierre Gadbois, Lambert Closse et Pierre Chevrier.

Ayant ainsi placé « l’aventure des montréalistes » sous le signe du rêve et de l’action, monsieur Proulx a dénoncé le manque d’audace de l’administration municipale, blâmée pour le peu de place qu’elle laisse à l’histoire de façon générale et dans le cadre des célébrations du 375e anniversaire en particulier.

Monsieur François Morrissette

Deuxième conférencier, monsieur François Morrissette, président de la Société historique de Lachine, est venu nous parler de Maisonneuve à travers l’histoire d’un symbole : la croix du Mont-Royal. Monsieur Morrissette a toujours parlé des croix – au pluriel. En effet, la croix illuminée que nous connaissons bien, devenue propriété de la Ville en 2004, a été érigée « en souvenir » de la croix de Maisonneuve à l’initiative de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1924. Ce projet a été financé par le soutien populaire et l’action bénévole remarquable de quelque 100 000 enfants qui ont vendu des timbres et amassé 9696,65 $ des 10 000 $ que coûtait la croix!

Avant cette grande croix il y en a eu d’autres. On sait que de Maisonneuve avait planté une petite croix le 24 décembre 1642 près d’une rivière en y insérant un vœu pour que les eaux du fleuve se retirent et que soit sauvée Ville-Marie. Son vœu exaucé il revint planter une croix plus imposante le 6 janvier 1643. Qu’est devenue cette croix? Marguerite Bourgeoys l’a fait relever. Elle fut un lieu de pèlerinage pendant des années, mais il fallut renoncer à y aller, car l’endroit était trop dangereux. Un second lieu de pèlerinage fut construit à l’initiative de Marguerite Bourgeoys : la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Monsieur Morrissette souligne que cette chapelle était dédiée aux marins, pour les protéger des périls de la mer… un peu comme la croix, pour Montréal sauvée des eaux.

Nous connaissons aussi « le fort de la Montagne » dont il reste aujourd’hui les deux tours situées sur le terrain des Sulpiciens. Situé près d’un sentier amérindien (devenu la Côte-des-Neiges), ce lieu était fréquenté par les autochtones avant que la mission ne s’y installe. On aura voulu y mettre un symbole chrétien. Était-ce la croix de Maisonneuve? Une autre qui en faisait mémoire? Diverses sources indiquent l’existence d’une croix sur ces terres jusqu’en 1927. Elle aurait alors été déplacée pour permettre le prolongement de l’avenue Atwater. La croix déplacée est encore là, dans un boisé, un peu laissée à l’abandon. Monsieur Morrissette exprime le souhait ardent que cette croix soit protégée, de même que le boisé qui l’entoure. Pourquoi ne pas en faire un projet pour les élèves des écoles de Montréal et actualiser ainsi le rêve du « vivre-ensemble » de Jérôme Le Royer de la Dauversière? Que la croix soit l’objet d’un lieu de rencontre et d’éducation du grand public sur le dialogue et la nécessaire réconciliation avec les peuples autochtones.

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L’après-midi se termine et les participants sont invités à visiter le Fort Ville-Marie, nouvelle exposition du Musée Pointe-à-Callière qui concrétise pour tous ce « retour dans le temps ». Sur un plancher translucide, on marche littéralement sur les pas de nos ancêtres.

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La soirée réservait deux conférences de plus, cette fois axées sur l’homme lui-même. Qui était de Maisonneuve? Stéphan Martel, directeur général par intérim du Musée Marguerite-Bourgeoys nous a proposé un regard nouveau sur « Maisonneuve à Montréal ». Il n’existe, a-t-il rappelé, aucune biographie d’envergure sur de Maisonneuve hormis celle rédigée par un sulpicien à la fin du 19e siècle et deux autres documents datant des années 1960. On l’a tantôt présenté de façon hagiographique ou comme un « preux chevalier » conformément aux idéaux du moment. De Maisonneuve n’a jamais rédigé ses mémoires. Monsieur Martel a donc puisé à d’autres sources, notamment dans un inventaire des biens après décès, pour tracer le portrait de cet homme énigmatique.

Monsieur Stéphan Martel avec sœur Danielle Dubois

C’est par la mobilité que s’explique le sens des actions politiques et missionnaires de Maisonneuve : il a, en effet, maintes fois traversé l’Atlantique et ses années de présence ou d’absence à Ville-Marie correspondent à des périodes que monsieur Martel distingue comme des étapes différentes. Il y eut « l’espoir » (et l’adaptation), entre 1641 et 1646; les années qui suivent marquent avec la Compagnie des Habitants la rupture avec le rêve de la société évangélique voulue par Jérôme Le Royer, amplifiée par la destruction de la grande Huronie; la Grande Recrue de 1653, un nouveau début; et les dernières années, avec le retour (forcé) en France en 1665.

De l’homme lui-même monsieur Martel nous dit qu’il était un dévot – expliquant ce titre selon le contexte de l’époque, la réforme catholique qui a suivi le Concile de Trente et l’influence de l’École de spiritualité française. La pensée symbolique était très présente et importante pour de Maisonneuve mais le rire aussi! Il vivait simplement, sans pour autant être austère.

Monsieur Jacques Cousin avec monsieur Stéphan Martel

En fin de soirée monsieur Jacques Cousin, du comité Chomedey de Maisonneuve, présentait « Paul de Maisonneuve en France ». Rencontré plus tôt, monsieur Cousin a mentionné la création de circuits touristiques dans quatre grandes régions de France spécialement conçus pour les Québécois en quête de leurs racines[1]. Le temps malheureusement manquait pour assister à cette dernière conférence qui aura sûrement levé le voile sur l’enfance et la jeunesse de Paul de Chomedey de Maisonneuve… mais peut-être apprécierons-nous de garder un peu du mystère de notre « grand oublié »?


 

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